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 Idées fausses

Quelques idées fausses sur la méditation


1) Méditer pour devenir plus calme

Présenter la méditation comme devant, au premier chef, conduire à trouver le calme mental est une profonde erreur. Chercher un tel résultat appauvrit la pratique, la rend même étriquée. Soit vous allez vous sentir toujours plus misérable de ne pas y arriver, soit vous allez éprouver de la fierté d’avoir réussi l’exercice. Quel est le sens d’un tel projet ?

Vous êtes alors empli d’espoir de rester en paix ou d’inquiétude de ne pas l’être. Ce n’est pas cela la méditation !

Méditer, c’est avoir une attitude de bienveillance nous permettant de nous relier à tout ce qui surgit — nous libérant de l’espoir et de la peur. Cette attitude est cultivée par le fait de prêter attention de façon délibérée, profonde et sans porter aucun jugement de valeur à tout ce qui advient en soi et hors de soi. Chercher une expérience particulière, c’est perdre cette qualité d’esprit. Ce n’est plus méditer.

De toute façon, en portant attention à notre état d’être, nous allons être sensibles à nos états de calme mais aussi aux états de confusion qui vont même nous apparaître avec d’autant plus de vivacité que nous les regardons simplement et avec bienveillance. Croire que nous sommes sur le mauvais chemin parce que la confusion apparaît plus clairement, c’est se tromper sur le sens de ce chemin.


2) Les images des magazines

Une des idées fausses les plus courantes sur la méditation est celle qui est véhiculée par toutes les photographies que l’on présente dans tous les magazines.

Regardons attentivement : sur les premières représentations que nous connaissons de lui, le Bouddha est dans une posture de méditation. On le sent pleinement posé dans son corps et sur la terre. Que ce soit sur les représentations marquées par l’exemple grec du Gandhâra (l’ancien royaume situé dans le nord-ouest de l’actuel Pakistan et de l’est de l’Afghanistan) ou sur les représentations purement indiennes nées à Mathura, du IIe siècle avant notre ère au XIIe siècle, il est chaque fois pleinement présent, digne et alerte.
Étrangement, dans les magazines ou sur les sites internet, quand l’on montre des gens en train de pratiquer, l’image qu’ils projettent semble tout à fait opposée à celle du Bouddha. Les yeux levés vers le ciel, ils ont l’air absorbés on ne sait où. Leur attitude est à la fois un peu éthérée et focalisée sur eux-mêmes, ce qui fait qu’ils n’ont aucun sens de solidité.

Quel singulier contresens ! Méditer, ce n’est pas s’évader du présent, ni de l’endroit où nous nous tenons, c’est au contraire être solidement ancré et ouvert à tout ce qui est, que ce soit en nous et autour de nous.


3) « Faire le vide dans la tête »

Croire que la méditation consiste à « faire le vide dans sa tête » est une erreur courante. Elle est en réalité très naïve. Qu’est-ce que cela pourrait bien signifier ? On peut vider une pièce, en retirant les meubles et objets qui s’y trouvent. Mais comment pourrait-on faire le vide dans notre tête ? En la vidant de toute pensée et émotion ? Quel singulier projet !

Notre esprit n’est pas une maison ! Il est vivant. Les textes le comparent parfois à un océan qui peut être agité ou calme. Comment pourrions-nous enlever les vagues de l’océan ? Ne sont-elles pas l’océan lui-même en son mouvement propre ? Vouloir se vider la tête est une idée aussi étrange que de vouloir vider l’océan de ses vagues.

Un tel projet est en réalité aussi irréaliste que violent. Il ne peut de toute façon que nous décevoir car lorsque nous commençons à pratiquer, nous sommes d’abord surpris de constater que nous ne pouvons pas du tout réussir à faire le vide. Notre esprit vagabonde sans cesse.

Nous pensions être à l’aise, avoir un certain contrôle sur nous-mêmes et nous voilà forcés de constater qu’il n’en est rien ! Notre attention s’émousse en quelques minutes. C’est assez frustrant, mais ce n’est nullement un problème. Surtout n’en soyons pas découragés. En faire l’épreuve, voilà l’important. Ne nous engageons pas dans une gymnastique visant à nous permettre de dominer notre esprit, mais, tout au contraire, abandonnons le souci de tout contrôler. C’est ce souci qui nous opprime. La méditation ne vise donc nullement à vider l’esprit mais à l’apprivoiser. À ne plus lutter contre lui.

À cause de cette conception de la méditation, on a fait du bouddhisme un repli sur soi ou une manière de se fermer au monde. Il suffit de regarder n’importe quel maître de la tradition, comme le Dalaï Lama par exemple, pour voir l’absurdité d’une telle thèse. Il est animé d’une joie, d’un souci des autres et d’un engagement qui éclatent à chaque instant. S’asseoir sur un coussin ouvre notre cœur et notre esprit, nous rend plus vifs et alertes, nullement impassibles.

Autrement dit, ce vide dont parlent les traditions d’Orient ne signifie nullement être vide au sens que ce terme a chez nous, mais être pleinement ouvert, sans préjugés ou idées reçues.


4) Confondre méditation et relaxation

Si vous êtes tendu, la relaxation vous apprendra à relâcher les tensions physiques et psychiques, et donc à vous détendre. Vous pouvez tout aussi bien faire des exercices de respiration, des mouvements physiques que prendre un bain aux huiles essentielles.

La méditation ne vous apprend pas à lâcher une tension, mais à la considérer avec précision, à faire attention à la manière dont la tension vous touche et comment vous vous reliez à elle. Alors, vous ne cherchez pas à vous détendre, mais juste à être présent à ce que vous vivez. Souffrons-nous plus à causes des tensions que nous vivons ou en raison de ce que notre esprit surajoute à propos de ces tensions ?

Prétendre que pratiquer vise à nous faire vivre un moment de relaxation, à réduire le stress, ou encore, comme on peut l’entendre parfois, à prendre des « mini-vacances » est un profond contresens.

La méditation nous permet d’accueillir et d’éprouver pleinement les pensées et les états émotionnels que nous traversons. Nous ne cherchons pas à modifier notre expérience, mais à y être pleinement attentif.


5) La méditation serait un repli sur soi, une fuite hors de la réalité

La méditation ne consiste en rien à fuir la réalité pour se réfugier dans une sorte de cocon protecteur. Elle nous invite au contraire à apprendre à voir les choses comme elles sont.

Nombre de personnes vivent dans leur monde singulier, et ont peu de rapport réel avec ce qui se passe autour d’eux. Tout est pensé, considéré à partir de leur seul point de vue particulier. Cette personne est sympathique parce qu’elle répond à ma demande, celle-ci est désagréable parce qu’elle n’a pas trouvé le temps de faire ce que je voulais.

En un sens très profond, tout en étant imprégnées d’elles-mêmes, de leur désir à elles, ces personnes n’ont aucune expérience de présence. Tout est regardé en fonction du résultat escompté, un peu comme un investisseur qui attend de recevoir son retour sur investissement. EIles ont toujours raison et la perspective de se remettre en question ne les traverse jamais.

La méditation nous apprend à ne pas suivre cette pente, à voir la situation à partir d’elle-même.

Et en ce sens, la méditation devient une manière d’être plus amplement présent à la réalité.


6) La méditation est-elle un exercice « spirituel » ?

Notre mode de pensée occidentale nous conduit à faire une distinction radicale entre notre corps et notre esprit, comme entre les activités quotidiennes et les activités spirituelles. La méditation va à l’encontre de ce type de distinction. C’est une pratique très ordinaire, complètement ancrée dans la réalité de notre quotidien et dans laquelle notre corps est engagé dans son entièreté.

En réalité, il s’agit beaucoup plus d’entrer en rapport avec notre corps de façon très concrète que de s’exercer à on ne sait quel exercice spirituel. Notre esprit est bien engagé dans la pratique, mais au même titre que notre corps, ni plus ni moins. Nous découvrons dans la pratique que le corps et l’esprit ne sont pas aussi séparés que ce que nous pouvions imaginer.


7) Pleine conscience ou Pleine présence ?

La « pleine conscience » est le terme qui a été choisi pour traduire le mot Mindfullness utilisé par l’Américain Jon Kabat-Zinn. Cette traduction est malheureuse et induit une mauvaise compréhension du sens de la pratique de la méditation. Dans la pratique, il ne s’agit pas véritablement d’être conscient de ce qui nous arrive. C’est bien trop intellectuel et, surtout, cela induit une dualité entre un sujet qui a conscience d’un objet qui serait extérieur à lui. Ce n’est pas l’expérience que vise la pratique. Il s’agit bien plus d’être présent avec ce qui survient, de faire un avec la situation. C’est pourquoi nous préférons le terme de Pleine présence qui rend mieux compte de la réalité de l’expérience méditative et qui est plus fidèle au terme de Mindfulness.

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Centre de méditation