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Héritage 

Les enseignements dispensés au sein de l’École occidentale de méditation ont deux sources principales : une source orientale et une source occidentale. D’une part, la méditation que nous pratiquons provient de la tradition bouddhique. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur ce précieux héritage multimillénaire, mais aussi de bénéficier de l’extraordinaire travail qu’a effectué Chögyam Trungpa pour transmettre cette tradition à l’Occident. D’autre part, l’École s’attache à tisser des liens entre cette tradition orientale et la pensée occidentale, dont il s’agit de restaurer la richesse et la dignité. Ce dialogue s’établit essentiellement au travers de l’étude de la philosophie et des arts, qui, comme la pratique de la méditation, est une voie par laquelle nous touchons la profondeur de ce que veut dire être humain.


Chögyam Trungpa et la tradition bouddhiste

Si nous pratiquons la méditation dans une perspective laïque, nous ne sommes pas moins respectueux et fidèles aux origines bouddhistes de la pratique dont nous sommes les héritiers. Aussi, les enseignements de Chögyam Trungpa, qui a su tout risquer et remettre les racines de la tradition en question afin que l’essentiel du sens de la pratique puisse être transmis à l’Occident, constituent pour l’École une source d’inspiration et d’étude fondamentale.

Qui est Chögyam Trungpa ?
Chögyam Trungpa (1939-1987) a présenté la tradition bouddhiste d’une manière libre et vivante, en répondant aux défis propres à notre temps. Il a reconnu le déchaînement du matérialisme qui réduit la spiritualité à une simple quête égocentrique. Il a vu combien le poids des dogmes et des Églises empêche d'entrer réellement sur le chemin. Enfin, il a analysé avec précision comment la destruction de la terre entraîne la réduction de toute chose à un produit, ce qui nous plonge dans une poignante dépression, un manque de dignité.

Face à cette situation historique, Chögyam Trungpa propose une révolution spirituelle : ne plus s’abandonner à une autorité extérieure et vivre l’enseignement comme un dogmatisme savant auquel il s’agirait de se conformer, mais faire confiance à sa propre intelligence et apprendre à l’aiguiser. Il ne s’agit plus d'acquérir des éléments pour nous sécuriser, mais de s'ouvrir pleinement. C’est seulement à ce prix que la tradition bouddhiste pourra survivre.

Quelques éléments de sa vie
Né au Tibet en 1939, Chögyam Trungpa a été élevé dans une perspective traditionnelle, recevant une éducation d’une rare sévérité. Dans ce contexte, il manifeste très vite une intelligence et une liberté stupéfiantes. Encore jeune adolescent, il est reconnu comme un maître important invité, de manière inhabituelle pour son âge, à donner des initiations.

En 1959, les communistes chinois envahissent le Tibet et mettent sa tête à prix. Avec un groupe de trois cents personnes, Chögyam Trungpa traverse tout le pays et gagne l’Inde, pour échapper à ses poursuivants. Il abandonne tout, sa famille, son monastère, les moines dont il a la charge, ses propres maîtres. Mais loin de se complaire dans une nostalgie pour son pays natal et bien qu’il ait eu le cœur brisé, il décide d’aller de l’avant. Son unique souci, dès lors, va être de chercher à préserver l’authenticité de la doctrine bouddhiste.

En Inde, il apprend l’anglais et, obtenant une bourse, il part en 1963 étudier à Oxford, en Angleterre. Il y reçoit une nouvelle éducation qui va lui permettre de connaître et d’approfondir la culture et la pensée occidentales. Il manifeste aussitôt une très vive curiosité, tout particulièrement pour l’art moderne, la philosophie et l’étude des religions comparées.

Néanmoins, sa tentative d’enseigner le bouddhisme se heurte à de graves difficultés. Personne ne semble prendre au sérieux la perspective qu’il présente, préférant le rassurant caractère folklorique tibétain. On veut faire de lui un "gourou", et être baigné dans une dévotion confite qui assure de ne jamais se mettre en question. Or la vérité spirituelle demande d’aller au-delà de nos habitudes de pensée et de comportement, car la vraie vie ne s’y limite pas.

Chögyam Trungpa, dans une profonde solitude, se demande comment réussir sa mission. C’est dans cette période de grande hésitation que, perdant le contrôle de son véhicule, il défonce la devanture d’un magasin de farces et attrapes. Il reste dans le coma, et quand il en sort, la moitié gauche de son corps est paralysé.

Cet accident, dira-t-il plus tard, fut une chance. Il comprend qu’il n’a rien à prouver mais qu’il peut se permettre d’être lui-même, simplement et directement. Chögyam Trungpa renonce alors à l’ensemble des formes qui créent une distance entre lui et son audience. Il abandonne ses vœux et sa robe de moine. L’enseignement qu’il donne désormais est marqué par une simplicité insaisissable mais directe. Il va droit à l’essentiel. Il cherche à établir une relation directe, de cœur à cœur, avec chacun de ceux qu’il rencontre.
En 1969, il épouse une jeune Anglaise, et ensemble ils partent vivre aux États-Unis. Là, il enseigne sans relâche et rassemble la plus vaste communauté de pratiquants bouddhistes en Occident.

Son style vivant et provocateur va enthousiasmer toute une génération.

Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues et servent de guide à un nombre croissant de pratiquants, d’hommes et de femmes modernes curieux de mieux comprendre l’expérience bouddhiste. Chögyam Trungpa en effet ne présente pas une doctrine théorique mais en fait résonner la dimension vivante. Il réussit l’impossible : créer un monde où une transmission spirituelle authentique puisse être présentée.

Il meurt en 1987 en Nouvelle Écosse (Canada) où il avait décidé de s’établir après avoir mené une vie aussi fulgurante qu'un météore, véritable fleur de feu.


L’ancrage occidental dans l'art et la philosophie

Chögyam Trungpa a su reconnaître dans la richesse de la culture occidentale les éléments qui pouvaient faire écho au cœur de la voie bouddhiste et permettre un transmission réelle de la pratique de la méditation. Fidèle à cette vision, l’École occidentale de méditation intègre dans la formation de ses membres des enseignements sur l’art et la philosophie occidentale afin d’ancrer plus avant leur pratique dans le monde qui est le leur.

Les plus grands poètes et artistes d'Occident montrent dans leurs œuvres la présence ouverte et vive que nous découvrons dans la pratique de la méditation. Souvent, la simple évocation d'un poème permet d'entendre l'ampleur de la pratique. C’est pourquoi l’École attache une importance particulière à établir un dialogue entre l'art et la méditation. Étude d'œuvres, rencontres d'artistes, exercices d'écoute et de lecture y sont régulièrement proposés. Nous avons par exemple organisé en 2013 un séminaire au musée de l'Hermitage à Lausanne durant l'exposition Mirò, dans lequel nous alternions pratique de la méditation, confrontation aux œuvres d'art et enseignements sur l'engagement poétique et spirituel du peintre. Nous avons également consacré des séminaires à la peinture de Braque ou de Goya, à la poésie de Hölderlin, de Sophocle ou de Paul Celan…

Le dialogue avec la philosophie occidentale est une part fondamentale du travail effectué au sein de l'École. La philosophie, qui vise à questionner tout ce qui se prétend comme "vérité", a toujours depuis Socrate cherché à libérer les hommes de toute forme d'idéologie. En outre, la méditation, par le souci qu'elle a d'interroger l'expérience de chacun sans lui dire ce qu'il doit penser, permet de retrouver la source de la philosophie qui a parfois été oubliée sous les couches de commentaires qui semblent souvent bien abstraits. C’est donc dans un échange réciproque que la philosophie et la méditation sont envisagées de manière qu’elles puissent s’éclairer mutuellement.

Nous organisons régulièrement des séminaires avec des philosophes (Pierre Jacerme, François Fédier, Hadrien France-Lanord…). Depuis 2015, ils sont centrés sur la question de l'éthique dans la perspective de montrer en quoi la méditation peut nous aider à retrouver un rapport plus humain et plus juste à notre monde.

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Centre de méditation