Le “ne rien faire” du corps

Photographie d'une sculpture d'Alberto Giacometti représentant un buste d'homme assis.
Longtemps, j’ai pratiqué comme une bonne écolière, soucieuse de tout faire parfaitement bien, suivre les points de la posture, le souffle, hop le bonjour !
Puis, la pratique infusant ma vie, je me suis sentie plus libre (un peu) de manière générale et donc aussi dans la pratique. Foutez-vous la Paix a fait irruption dans l’histoire de l’École et j’ai commencé à prendre le temps de sentir quelques instants vers quoi la vie m’amenait à porter attention dans la pratique.

 

Laisser le corps « juste être »

Pour le moment, je travaille beaucoup à “ne rien faire à partir du corps”. Je travaille beaucoup signifie que je porte une attention archi précise au « ne rien faire du corps ». Une fois la posture établie, je sens, les uns après les autres, les points où le corps ne se laisse pas « juste être ».
Au début, c’était très grossier: laisser les épaules être attirées par la terre, sentir que les cuisses résistent à la pesanteur ou à quel point la respiration est retenue. Je ne modifie rien, juste je porte attention, doucement, à tout cela. Y porter attention, transforme déjà légèrement l’expérience, rien de visible extérieurement mais intérieurement il y a moins de résistance. Comme méditation et hors méditation sont inextricablement liées, j’ai poursuivi ce travail hors méditation. Autant dire que ce qui m’a sauté au visage immédiatement c’est à quel point le corps est « mental ». Je veux dire par là que l’idée du corps le recouvre tant que je ne l’entends que par les tensions ou les retenues qu’il manifeste.

 

Il y a du boulot !

Soutenue par la pratique régulière sur le coussin, j’ai tenté l’expérience de m’assoir vraiment dans mon fauteuil, à partir de la position dans laquelle j’étais, poussée en cela par un chapitre de Il suffit d’un geste de François Roustang que je relisais. J’ai laissé très très lentement l’intelligence du corps être à l’œuvre, il y a eu très peu de mouvements perceptibles extérieurement mais le laisser ainsi prendre sa place, s’accordant à la vie qui le traverse et dont il est la manifestation, j’ai pu sentir pour la 1ère fois corporellement ce que c’est que d’être véritablement posée dans son être, entièrement ajointée. Une fois l’expérience faite, la sente tracée, il est plus aisé d’en trouver le chemin et je me fais ce cadeau souvent.
Maintenant, j’y travaille « en société ». La seule chose que je puisse en dire pour le moment, c’est : « il y a du boulot » !
Je vous raconterai la suite, que je ne connais pas encore, quand j’aurai fait quelques pas de plus.
La pratique, c’est aussi laisser le cartable de l’élève consciencieuse au vestiaire et oser travailler à ce qui fait question pour nous, en propre.

 

Marine Manouvrier
Bruxelles
0 commentaires

Laisser un commentaire

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *