Photo d'une Vierge ouvrante

La Vierge ouvrante

Lors d’une promenade en famille à Eguisheim, charmant village d’Alsace, nous avons poussé les portes de la petite église ; tandis que nous avions entrepris un goûter sur le parvis d’une modeste église, les enfants y entrant régulièrement par jeu, c’est à la deuxième ou à la troisième visite furtive que je tombai nez à nez avec cette merveille : une petite statuette en bois d’une vierge, parfaitement assise.
Tableau de William Turner

Révélation de la lumière, révélation de l’espace

Turner, ce regardeur infatigable qui a parcouru son Angleterre natale et l’Europe entière pour contempler la diversité et la somptuosité des paysages finit paradoxalement par les faire apparaître de telle sorte que nous ne pouvons plus en distinguer aucun détail, ni presque aucun contour ! Il semble étrangement que plus il les observe, moins il les voit, du moins si l’on entend par là qu’il en discerne les formes. Et pourtant ! Il déclare bien : « Je peins ce que je vois, et non ce que je sais être là ». Ce qu’il sait être là, c’est une montagne, un port, une tempête, un Yacht approchant de la côte, une Mer agitée avec des dauphins. Probablement, ces deux titres qui désignent les derniers tableaux exposés actuellement au Musée Jacquemart André (Turner, collection de la Tate, 26 mai 2020, 11 janvier 2021) désignent-ils ce qu’il sait être là, mais il a peint, restitué pour nous, ce qu’il a vu.
Montage photo des portraits de Rosa Luxembourg, de Hanna Arendt et de Simone Weil

Rebellinnen

De récentes retrouvailles avec une amie me permirent un constat intéressant. Nous nous étions rencontrées car nos maris étaient des amis très proches et, lorsque cette amitié née et sauvegardée dans un cadre familial, fut bouleversée par un divorce, nous nous perdîmes de vue. Il y a quinze jours, presque trente ans plus tard, nous nous sommes vus à nouveau, elle, son mari et moi-même. Nous nous sommes rendus compte que l'amitié était intacte et que le plaisir d'être ensemble était toujours aussi vif. Pleins d'aspects sont restés pareils, l'intonation de la voix, la manière de se mouvoir, l'éclat du regard, des manières de parler, des expressions propres à chacun.
Image du film Princesse Monokoke

S’asseoir dans sa dignité

Cet été, au mois d’août, a eu lieu le séminaire Faire se rencontrer le ciel et la terre, au Fort Saint André. Lorsqu’il a été achevé et que je me suis demandé ce que j’y avais expérimenté, et en quoi il m’avait déplacée, un mot plutôt pompeux a surgi : « couronnée ». Je me suis sentie couronnée lors de cette semaine de méditation. Comme je fus étonnée de ce mot ! J’ai déjà participé à de nombreux stages et séminaires de méditation au sein de l’École, mais c’est bien la première fois que me vient un mot aussi noble pour caractériser mon expérience.
Image du tableau de Chagall "Le cheval d'ébène" (1946)

La confiance du ré-ensauvagement

Le baromètre de la confiance 2020 mené par le centre de recherche de SciencesPo a montré que l’état d’esprit dominant chez les Français cette année était la méfiance[1]. 87% des Français n’ont pas confiance dans la classe politique, et plus de 60% n’ont confiance ni dans le gouvernement ni dans le président. Ils n’ont pas plus confiance dans les médias (à 69%), dans les grandes entreprises (55%) ou dans les responsables religieux (71%). Mais alors en quoi avons-nous confiance ?
Tableau de Miro intitulé "Oiseau éveillé par le cri de l'azur s'envolant sur la plaine qui respire" 1968

Retrouver la vivacité du monde

Ce matin, quand je me suis assise sur mon coussin pour méditer, je me suis rendue compte que j’étais un peu éteinte ; je me sentais prise dans un léger brouillard qui me donnait une impression de lenteur, de lourdeur. Tout de suite, j’ai cherché des causes : pas assez dormi, ou trop dormi ? Mangé trop lourd, ou trop tard ? Et ensuite est venu tout ce que je devrais faire pour que ça n’arrive pas.
Image de la peinture "Homme debout, les bras étendus", de Cézanne

Rencontre avec un kinésithérapeute, enseignant en méditation

La méditation n’est pas une gymnastique, elle n’est pas une affaire de posture à réussir, elle est un juste retour au corps, elle redonne droit au corps, elle nous aide à découvrir que nous pouvons nous confier au corps que nous avons, même s’il n’est parfait, même quand il est malade ou vieillissant.
Photo de Cerasuolo, 25 avril 2016

Habiter réellement un lieu

Ce matin, je pratique la méditation de pleine présence après un voyage de deux jours enfermée dans une voiture depuis Bruxelles pour descendre 1650 kilomètres plus au sud. J’ai la grande chance d’être arrivée dans notre maison au milieu d’un petit village des Molises/Abruzzes, dans les montagnes au sud de l’Italie C’est une maison que je connais très bien puisqu’il s’agit du village d’origine de mon mari et que nous y venons souvent. Et pourtant, en m’asseyant ce matin sur mon coussin, je vois tout de suite une énorme difficulté à être là.
Photo de George Floyd et texte en anglais

He can't breathe

Nous sommes en 2020. Et en 2020 encore, des êtres humains meurent des mains de ceux qui sont censés les protéger. L’État tue, en 2020, et nous ne pouvons l’ignorer. La mort de George Floyd, à Minneapolis la semaine dernière, est profondément choquante. Elle signe, une fois de plus, l’inhumanité propre à notre temps. Un homme noir, assassiné dans la rue en plein jour, étouffé par le genou d’un policier blanc, écrasant son cou durant de longues minutes et refusant d’entendre les derniers mots répétés par cet homme : « I can’t breathe. I can’t breathe. »