J’ai franchi la porte …

Ce matin je me suis réveillée fatiguée, la tête douloureuse et d’humeur maussade. Sommeil en pointillés, rêves pénibles et réveil difficile.
Dans la cuisine autour d’un café, l’ambiance est morose, ma fille n’a pas envie d’aller en cours.
J’hésite à prendre la voiture pour aller travailler ou à m’y rendre à pied. Le thermostat indique O °C à l’extérieur. Moment plein d’agacement où on sait pertinemment ce qui est bon pour nous mais où la paresse nous appelle.

Une porte s’ouvre…

J’opte finalement pour la marche.
Je longe les maisons sur le trottoir avant de traverser le petit bois derrière chez moi. Une porte s’ouvre et un monsieur que je ne connais pas sort de chez lui avec son vélo, précédé par deux enfants dont je n’aperçois que les bonnets de laine avec un gros pompon.
La roue avant dépasse à peine sur le trottoir, j’ai largement la place de passer mais le monsieur me voyant arriver me dit un « pardon » précipité. Immédiatement je me dis : « ah cette manie que nous avons de nous excuser sans raison ! » Et en réponse à ce pardon, je me surprends moi-même à le regarder et lui adresser un bonjour franc. Il me répond et je vois son sourire. Dans cette fraction de seconde, je sens qu’il est touché et surpris. Je continue ma route.
Le tout n’a duré que quelques secondes. Je n’ai même pas ralenti le pas. Un pardon, un bonjour, un sourire.
Mais d’un seul coup, tout est différent pour moi. Tout est baigné d’une tonalité différente. Les choses ont pris une densité toute particulière.

J’en ai franchi le seuil

Une porte s’est ouverte et, en osant simplement un regard et un bonjour, j’en ai franchi le seuil.
Le bruit de mes pas sur le chemin, le vent frais sur mon visage, mon buste et ma tête qui se redressent, à gauche le bruissement d’ailes d’un cormoran qui prend son envol en glissant sur l’étang, ici le cri d’une poule d’eau et plus à droite des oiseaux qui chantent aux premières heures du matin. Il fait encore un peu nuit, le bois est encore plongé dans la pénombre. Tous mes sens endormis se réveillent. J’écoute, je vois, je ressens avec tant d’intensité ! Je suis juste émerveillée.
Il y a quelques minutes je me sentais lourde, écrasée par la routine, le travail, des douleurs physiques qui parfois me minent le moral et dans l’exaspération de moi-même.

Je suis souveraine en mon royaume

Il est 8h15, le jour se lève doucement.

A chaque pas je m’ancre un peu plus, j’existe et me sens entièrement reliée à la vie, à cette mystérieuse nature. Il n’y a plus de plaintes, de soucis, de contraintes, de douleurs, de fatigue, il y a juste une immense confiance et l’ouverture à ce qui est là maintenant. Je remercie cette terre de me soutenir à chaque instant, je regarde le ciel laiteux. Il y a dix minutes, j’aurais pensé qu’il est bas, bouché et un peu sinistre, maintenant il me semble plein d’auspicieuses promesses, immense et profond. Je suis souveraine en mon royaume. Je reçois ce cadeau tellement inattendu et je sens cette force vive en moi qui peut aussi donner, qui émane de tout mon être.
Il me faut regarder l’heure car j’ai perdu un peu la notion du temps. Je dois hâter le pas car je constate que j’ai ralenti et je n’aime pas être en retard.  Et c’est le cœur plein d’allant, de joie et de confiance que je continue mon chemin et m’apprête à vivre une journée de travail bien remplie à l’hôpital.
Voilà, me semble-t-il, une expérience de spiritualité, certes très banale mais qui nous relie de manière renversante, essentielle et profonde à la vraie vie, telle que nous la décrit Fabrice Midal dans son dernier livre absolument passionnant, Les 5 portes.

 

Agnès Barré-Laury

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