Le Brin d’herbe

Illustration botanique herbe et racine noir et blanc

Matin

Je vais dans le Jardin

Voilà deux jours qu’il n’a pas plu

Il vente – toujours – de l’air marin – de cet air qui assèche.

Au sol,  les traces de la machine-chenille-besogneuse qui a fait le bassin.

Par où elle est passée, la terre est comme éteinte, tassée, rien n’y pousse.

C’est que ma terre est de roche et d’argile.

Je l’ai griffée un peu pour la ranimer , nous avons retiré des milliers de petites pierres

pour que l’eau y trace ses sillons, y pénètre.  J’ai appelé la pluie et arrosé aussi.

Le semis prend cher pour trouver, le temps du silence nécessaire à sa transformation, où se poser, se confier à cette terre glissante et blessée . A l’affut de toute trace de vie, j’arrose au son des oiseaux ivres 

de printemps. Le soleil me rejoint. Pure bonté. Miracle ! 

Don de la terre et du ciel et de tous les dieux réunis !

Don de la vie !

Il éclaire un minuscropique et magnifique brin d’herbe qui scintille et frétille.

En voyant celui-ci , j’en vois d’autres , comme lui d’un vert phosphorescent, éclatant !

Aux gouttelettes que je leur lance, ils répondent en se courbant légèrement, ils laissent glisser 

la goutte d’eau jusqu’à leurs pieds et se redressent. Nous dansons ensemble dans le secret des oiseaux.

Je sais que l’eau rejoint leurs radicelles, qu’ils creusent de nouveaux chemins invisibles dans la terre.

C’est ainsi qu’ils se relient au monde et s’ancrent davantage . 

Plus ils s’ouvrent, plus ils s’ancrent. Et plus ils s’enracinent , plus ils rayonnent .

J’entends déjà les enfants de l’été, les enfants vacanciers bondir, courir, leurs rires, leurs jeux dans le jardin.

Pourtant, il est encore printemps.

Le brin d’herbe et moi nous sourions.

Estelle*

Joué-sur-Erdre

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