L’héroïsme spirituel au cœur de la méditation

Tableau de Kandinsky : Lignes d'intersection (1923)

Toute spiritualité authentique repose sur un constat plutôt banal : personne n’a décidé par lui-même de venir au monde. La source de notre être relève d’un mystère inaccessible à toute volonté humaine. Nous sommes tous marqués du sceau de l’incomplétude et de la dépendance au mystère, même si une curieuse léthargie nous voile la plupart du temps les conséquences de cette vérité première qui ne cesse pourtant de refaire surface à différents moments de notre existence.

Les crises : des moments de vérité

Les véritables crises auxquelles quiconque est confronté au cours de sa vie s’accompagnent souvent d’un souffle qui ranime cette vérité. Un jour, survient un événement qui nous déplace au centre de notre insuffisance : la perte d’un être cher, un cancer ou une maladie grave, une guerre civile larvée, la ménopause, un abandon ou toute autre situation sur laquelle nous avons très peu de prise.

Si un courage naissant nous dispose à y faire face, nous sentons dès lors intuitivement qu’il n’est plus possible de fuir. Quelque chose nous presse d’écouter l’appel à se relier aux dimensions qui existent hors des crispations de notre volonté. Il faut se mettre en route, mais sur un chemin qui n’est visiblement ni un projet, ni un objectif et qui ne se déploie qu’à mesure d’une mise à nu sans concession. Se mettre en chemin pour de bon est un acte d’héroïsme pur.

Le Tibétain Chogyam Trungpa disait que l’engagement réel dans cette voie de vérité fabriquait une société de gaillards virils. Il ajoutait aussi que seuls des fous pouvaient aller à contre-courant de tout ce qui constitue les réflexes premiers de conservation de soi de tout être humain depuis la nuit des temps.

Ce n’est pas nous qui méditons

Soyons honnête : nous ne voulons pas méditer, ni faire quoi que soit qui s’y apparente. Nous entrons véritablement sur ce chemin le jour où n’avons plus le choix. Une vie pleinement humaine ne peut échapper à la spiritualité, entendue ici comme la disposition de se mettre à l’écoute de ce qui est premier – ou plutôt de ce qui relève d’une dimension non-fabriquée de l’existence humaine. Toutefois, nul effort crispé ne peut forcer la porte de la spiritualité. Car personne ne peut y arriver par lui-même, tout comme personne n’a décidé par lui-même de se mettre au monde. Fondamentalement, ce n’est pas nous qui méditons, mais plutôt la méditation qui œuvre d’elle-même, qui nous façonne et nous ouvre à la mesure de notre fidélité au « oui » que nous avons un jour donné.

Philippe Blackburn

Montréal

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