Comme un ours endormi qui reçoit un seau d’eau froide en pleine figure

Ours-2Bmeditation

Au mois d’avril dernier, pour la première fois en 10 ans, j’ai omis de méditer pendant une semaine. Avec deux enfants en bas âge à la maison (6 mois et 2 ans et demi), 2 charges de cours à l’université, un déménagement avec rénovation importante en cours, des cours à préparer, un chapitre de thèse à écrire – je fus littéralement happé par l’affairement.

Le rappel à méditer m’est venu par obligation : en planifiant ma journée, je réalisai que je devais donner une causerie le soir-même pour la séance hebdomadaire de méditation de l’École occidentale de Montréal.

En fin de journée, n’ayant pas eu le temps de préparer quoi que ce soit, je me dirigeai vers le centre de pratique de l’École à Montréal.

Une fois la salle installée et les méditants en place, je me posai sur le coussin de l’enseignant et sonnai 3 coups de gong pour ouvrir la séance. Dès les premières secondes de pratique, une évidence brulante s’imposa : j’étais droit et ancré, solide comme un roc, souple comme un roseau. Comme un ours endormi qui reçoit un seau d’eau froide en pleine figure, je me réveillais brusquement d’une nuit d’oubli. La noblesse époustouflante de la posture qu’il m’arrive parfois de prendre à la légère, se montrait dans sa plénitude et m’invitait au sobre courage.

Sans aller jusqu’à conseiller d’oublier la pratique pendant une semaine, les moments d’oubli, de fuite ou d’errance au seuil du dharma peuvent aussi être intégrés à la pratique et nous rappeler quelques évidences oubliées. Entre autres l’importance de l’institution (ici des pratiques hebdomadaires dans le cadre de l’École occidentale de Montréal) et de l’obligation qu’elle induit et qu’elle impose.

En mettant l’accent sur l’expérience personnelle comme manière de se relier à l’essentiel, la modernité peut parfois nous faire oublier la justesse de l’obligation. Mais c’est souvent par des détours et des errances salutaires de ce type, qu’il nous est aujourd’hui possible de réentendre quelques évidences balayées par l’air du temps.

Philippe Blackburn
Montréal

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