Prendre soin de ses blessures

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 Nous avons tous très peur d’avoir mal, d’avoir trop mal, ou d’être trop inquiet, trop triste, trop seul, trop stressé… Nous avons parfois si peur que nous ne rencontrons aucunement ce qui nous arrive. Nous faisons tout pour l’éviter, pour nous éloigner de ces douleurs ou de ces peines, pour les noyer…
Premier réflexe : fuir devant la peine…

Avec l’entrainement que nous offre la méditation, nous apprenons à devenir un peu plus courageux : la méditation nous invite à accueillir ce qui est, comme c’est, sans bouger, sans chercher à faire quoi que ce soit, mais en regardant avec précision et douceur.

Alors au lieu de rester juste dans un inconfort flou, une douleur irréelle, une inquiétude sourde parfois même pas nommée, nous apprenons à entrer en relation avec nos peurs, nos incertitudes, nos malheurs. Et du fait même de les reconnaître nous pouvons commencer à en prendre soin, à les accueillir au lieu de les fuir, à les bercer au lieu de les ignorer. Car ignorer ce qui nous arrive ne marche jamais ! Nous sommes toujours rattrapés par la réalité.
Refuser le réel est toxique.
Il n’y a qu‘un seul héroïsme au monde : c’est de voir le monde tel qu’il est, et de l’aimer.
écrit Romain Rolland

Transformer les flèches en fleurs

En approchant avec délicatesse et curiosité de ces blessures qui nous transpercent parfois comme des flèches, nous leur permettons de se transformer, de se métamorphoser. Elles peuvent devenir l’occasion d’un travail plus fin et plus précis avec la vie.Par exemple, quand on connaît une forme de tristesse qui nous assaille régulièrement, ou une inquiétude ordinaire qui nous gâche la vie si facilement, on peut lui dire bonjour, passer un moment avec elle, comme si l’on s’asseyait auprès d’un enfant malade ou en colère.
Bonjour tristesse, bonjour colère, je te connais, je te reconnais… quel goût as-tu aujourd’hui ? Le même qu’hier ? Comment es-tu arrivée jusqu’ici ? Comment peut-on vivre ensemble là maintenant ?
Au lieu de résister à la douleur émotionnelle, nous sommes capable de dire oui à notre expérience.Dans son livre L’acceptation radicale, Tara Brach décrit son expérience durant une séance de méditation où elle est invitée à regarder sa souffrance :
«  Quand tout le monde a quitté la salle, les souvenirs ont fusé dans mon esprit… Je me suis détendue, le cœur et l’esprit grand ouvert, remplie de tendresse à l’égard de tout ce qui me faisait mal et semblait tellement déréglé. Je réalisais que toutes les disputes que j’avais pu avoir avec la vie – de la plus anodine autocritique jusqu’aux hontes les plus angoissantes – m’avaient séparée de l’amour et de la présence qui sont ma vraie demeure.  »
En accueillant notre vulnérabilité, nous développons de la bienveillance. C’est parce que nous sommes blessés que nous pouvons aimer. « Être vulnérable n’est pas une erreur mais un cadeau, une chance. On ne peut pas entrer en amitié avec soi sans être touché et un peu triste   » enseigne Fabrice Midal dans le Cours en ligne sur la Bienveillance.

Au-delà des peines et des satisfactions, la joie d’être vivant.

Alors on découvre qu’au-delà de nos peurs, de nos peines, il y a une force de vie.
À chaque fois que nous nous asseyons pour méditer, nous pouvons sentir la force de la vie, nous pouvons sentir que nous sommes entièrement vivant du sommet du crâne jusqu’au bout de nos orteils. Nous pouvons réaliser que toute notre vie est là, entièrement là, offerte à nous. Et cette force de vie est source de joie, d’une grande joie qui est au-delà des peines ou des satisfactions.
Se réjouir d’être vivant, d’avoir un corps, de respirer, d’être au monde.
Se réjouir du présent, de la présence, d’être présent. Récemment Fabrice Midal a enseigné sur ce thème : pourquoi devrions-nous absolument être malheureux quand les choses ne vont pas bien, et absolument heureux quand tout semble aller pour le mieux ? Est-ce vraiment si réel ? Ne sommes-nous pas plus libres et plus singuliers que cela ?Je me souviens de quelqu’un de très proche qui, au décès de sa mère, pensait qu’il devait être malheureux. Alors il faisait un peu semblant mais au fond il n’était pas malheureux du tout ! Et pourtant il aimait sa mère !
Accueillir son expérience est bien différent qu’essayer d’être comme on pense qu’on devrait être, ou agir comme on pense qu’on devrait agir !

Cette grande joie que nous pouvons sentir dans la méditation – quand enfin on ne fait plus rien que d’être là, pleinement là – est l’espace d’un profond émerveillement et d’une profonde tendresse. Elle est aussi l’espace d’éclosion de notre expérience, qui est toujours propre et singulière à chacune, chacun.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

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