Sois ton visage !

Œuvre de Samuel Yal représentant des fragments de visage formant entre eux une forme de sphère

Sois ton visage !

Ce koan du XXIe siècle, comme le disait Fabrice Midal lors d’une soirée portes ouvertes de l’École il y a un an à Paris, m’a tant frappée que je l’ai gardé inscrit sur un post-it sur mon bureau depuis lors. Je le contemple tant ce qu’il a à me dire est abyssal.

 

La marque du temps

Si mon esprit n’a pas d’âge, ce n’est le cas de mon visage. Il est la marque du temps mais surtout, comme le disait Fabrice, il montre comment le temps œuvre en moi.

A la fois un et multiple, il dit qui nous sommes. Que ne pouvons-nous pas lire sur un visage ? Une expression, une tension, une lumière, l’intensité du regard, les rides d’expression, de fatigue ou de colère, tout s’y voit. Il est la matière brute de notre être qui se façonne au long des jours.

Ainsi, si nous pouvons cacher le reste de notre corps, le visage fait face aux autres, à l’existence. Il montre notre vulnérabilité.

Cela résiste tant que parfois il faut des injections, du laser, ou que sais-je encore, pour calfeutrer un peu aux autres, et à soi-même, cette vulnérabilité. Parce que ce n’est pas facile, parce que cette vulnérabilité demande à être apprivoisée, à être approchée, avec douceur.

Là où l’intensité de la vie se fait sentir

La méditation est pour cela une précieuse pratique car elle ouvre un espace où nous pouvons aller à la rencontre de ce qui nous atteint. Et il y a comme un lent retournement qui se fait. Nous commençons à voir que c’est précisément là où nous sommes entièrement démuni que l’intensité de la vie se fait sentir.

Se relier alors à notre vulnérabilité devient, comme par magie, une source de joie tranquille.

Il n’y a au fond rien à faire, sinon regarder dans une grande loyauté ce visage qui nous rappelle inlassablement au point essentiel.

 

Marine Manouvrier

Bruxelles

 

Illustration : Dissolution par Samuel Yal, exposition Melancholia à la Villa Empain à Bruxelles (jusqu’au 19 août 2018)

4 commentaires
  1. Anne DUMONTEIL dit :

    Bonjour Marine,

    Merci pour cet article et pour ce rappel qui va, moi aussi, m’ouvrir à de riches réflexions.
    Un visage c’est si simple, direct et honnête (quand on n’est pas joueur de poker)… être mon visage m’invite à être en accord avec ce que je ressens. Je ne peux pas le cacher, ça se voit tout de suite sur mon visage 🙂 Même si ce n’est pas facile et que je suis souvent gênée par ce visage que je ne peux pas contrôler !
    Et puis le visage des autres, c’est si touchant si on prend le temps de le voir vraiment.

    Merci encore, je te souhaite un excellent week-end !

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  2. Christine SACERDOT-BLANCHET dit :

    Merci Marine pour ton message qui m’a beaucoup touchée, peut-être d’autant plus que je vis l’approche de la retraite avec ce qu’il comporte de sensation de vieillissement, de métamorphose aussi. Et puis il y a l’optimisme de la méditation : « c’est précisément là où nous sommes entièrement démuni que l’intensité de la vie se fait sentir. ». Et enfin la magnifique illustration de ton post, qui a pour conséquence que je suis en route vers Bruxelles, j’ai envie de voir cette exposition! Encore merci et bon week-end!
    Christine

    Répondre

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