Oblitérer l’attente

Photographie de Marie-Laurence Cattoire lors d'une journée de découverte de la méditation à Bruxelles.

Ces minutes que l’on croit perdues

Hier matin j’ai dû attendre le bus plus de vingt minutes pour me rendre au bureau.

Les 5 premières minutes, j’étais contrariée, envahie par cette impression de perdre mon temps. Je voulais arriver vite au travail. Pourtant, je n’avais ni de rendez-vous ni rien d’éminemment urgent à traiter. Mais j’avais hâte de me retrouver assise à mon bureau, devant mon écran…

J’avais hâte de m’affairer, vite, beaucoup, plutôt que d’attendre.

J’ai réalisé une fois de plus le profond mépris que nous avons pour l’attente, comme s’il s’agissait d’un temps vide, inutile, mort… Alors que chaque minute de notre vie est entièrement notre vie. Qu’il soit morne, creux, douloureux, ennuyeux, bouleversant, étonnant, chaque instant de notre existence est pleinement vivant. Notre vie n’est pas ailleurs que dans ces précieuses minutes qui filent et jamais ne reviendront.

 

L’occasion de revenir au présent

La méditation nous apprend précisément à goûter l’attente.

Elle nous apprend à donner du temps au temps, pour rien. Pour le plaisir de sentir notre vie au bord de nos lèvres, de notre souffle, de notre regard. Une pure attente faite de perceptions sensorielles, d’espace ouvert et de disponibilité à ce qui vient. C’est ce que nous explorons en détail lors des stages de méditation. C’est l’expérience précise que nous découvrons : la méditation est comme un art de la patience mais surtout un art de vivre… pleinement.

Les quinze minutes suivantes, je les ai donc passé à retrouver ma présence corporelle, à réaliser pleinement où je me trouvais. J’ai regardé les gens qui m’entouraient, impatients et énervés et j’ai eu de la tendresse pour eux, pour tous ces petits parisiens irrités de bon matin. J’ai eu de la tendresse pour ce ciel gris et pleinement présent, au-dessus de l’arrêt de bus. Mon cœur s’est serré à la vue de cette femme avec sa valise inquiète de rater son train et que j’ai pu rassurer.

Toute la vie reprenait sens. Tout redevenait vivant.

Une minute : un miracle !

L’attente est un formidable moment de vie, pendant lequel notre attention peut être tendue vers un futur à accueillir, un imprévisible temps en suspens, un moment de grâce. Comme le dit si bien l’écrivaine britannique Storm Jameson :

“Il n’y a qu’un seul monde, le monde qui se presse contre vous en cette minute même. Il n’y a qu’une seule minute pour être en vie, cette minute, ici et maintenant. La seule façon de vivre, c’est d’accepter chaque minute comme un miracle qui ne se répétera plus.”

Voilà une belle leçon de vie, une belle description du geste méditatif.

 

Marie-Laurence Cattoire

Paris

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