Ne plus avoir peur de notre puissance

Nous confondons souvent puissance et violence. Nous confondons souvent force et virilité. Et cette confusion est peut-être encore plus aigüe chez les femmes à qui on apprend depuis des millénaires que la docilité, la gentillesse et la douceur sont des qualités indispensables à l’obtention de leur brevet de féminité.

 

Garçon manqué

Quand j’étais enfant, on me traitait souvent de garçon manqué. Jamais de fille réussie… J’aimais grimper aux arbres, courir très vite, jouer aux billes et parler fort. Ma voix grave et mes cheveux courts me valaient souvent un « bonjour monsieur » dans les magasins où j’accompagnais ma mère, ce qui provoquait en moi une vraie vexation. Car je ne me sentais pas le moins du monde garçon. Je me sentais fille. J’étais fière d’être une fille qui savait grimper aux arbres et qui revenait à la maison les poches remplies des billes gagnées dans la cour de récréation.

Mais manifestement ces activités n’aidaient pas à me faire entrer dans la catégorie « fille ». Alors, pour plaire aux adultes, ce qui comptait beaucoup pour moi, j’ai peu à peu étouffé ma puissance. D’abord dans l’enfance puis au cours de mon adolescence, j’ai abondonné une partie de mes forces vives. Je ne voulais pas paraître violente et encore moins « virile ». Je suis devenue un peu bancale, un peu brusque, un peu gaffeuse, un peu maladroite. Mais c’était moins grave que d’être un garçon manqué… J’ai longtemps cru que c’était cela devenir femme (ou tenter de le devenir). Et même si je sentais bien que quelque chose ne tournait pas rond, je ne voyais pas comment interroger la situation dans laquelle je m’étais mise : oublier ma puissance, et par là, faire le deuil précoce d’une grande partie de moi.

 

Une façade de docilité

Dès mon premier séminaire de méditation, je me suis retrouvée confrontée à ce deuil injuste. Coupée de ma puissance, j’avais construit une façade de docilité qui s’effritait à l’épreuve de la pratique. Je comprenais soudain que ma brutalité ordinaire venait précisément de cette puissance refoulée. La méditation me montrait que je n’avais plus à avoir peur d’être forte. La force n’est pas l’apanage du sexe masculin mais une manière, comme dirait Fabrice Midal, de ne plus s’excuser d’être. Retrouver ma puissance c’était retrouver une possibilité d’agir avec justesse dans le monde au lieu de me sentir « impuissante »…

Le sexisme ordinaire, tellement ordinaire qu’il est souvent difficile à voir, empêche les femmes, les hommes et les autres d’oser être ce qu’ils sont. Et pourtant quoi de plus beau qu’une femme solide qui s’assume et rayonne sans violence. Quoi de plus émouvant qu’un homme fragile qui s’assume et se livre sans pathos. En nous apprenant à voir plus clair, en nous entraînant à accueillir ce que nous sommes sans jugement, la méditation est la voie royale pour nous aider à nous défaire des stéréotypes de genre, naïfs, délétères et pourtant trop souvent rivés à nos existences.

 

Éclore, enfin

La méditation a redonné droit à ma puissance. Elle m’a redonné ma place exactement telle que je suis, oui telle quelle. Elle m’a, au fil des ans, libérée des contraintes que je m’imposais depuis des décennies. Elle m’a sauvée des rôles féminins que je croyais devoir tenir coûte que coûte… C’est ce chemin que je relate dans mon livre « Éclore, enfin ». J’aurai le plaisir de vous le présenter à la Maison de la méditation le 11 mars 2022 lors d’une soirée ouverte à toutes et à tous.

Puis le week-end des 11 et 12 juin, Claire Wagener et moi vous invitons à réinterroger ensemble la place des femmes et des hommes aujourd’hui. Ce sera l’occasion d’explorer l’articulation fine entre méditation et libération. Car, loin du sexisme ordinaire, la méditation nous ouvre les yeux sur de nouvelles possibilités, à la fois réjouissantes et créatives, de vivre ensemble et d’établir des relations plus justes, plus amicales, plus authentiques.

Marie-Laurence Cattoire
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