Qi Gong et méditation : Le corps comme emprunt

Au chapitre 4, verset 16 du Bodhicaryavatara de Shantideva, traduit par Alexis Lavis comme « L’exposition des pratiques d’éveil » nous pouvons lire :

Aujourd’hui en bonne santé, jouissant de nourriture et libre des dangers.
Mais demain, en un instant, la vie peut reprendre ce qu’elle promet.
Le corps est comme un emprunt en sursis de nous être repris.

Le corps comme un emprunt en sursis de nous être repris, un memento mori en mots.
Il nous place au bon endroit pour pratiquer aussi bien la méditation que le Qi Gong.
Quand je me trouve à cet endroit il en ressort ce que je pourrais résumer comme suit :

° Etre touché par le miracle d’être en vie
° Avoir conscience que ce n’est pas un dû
° Me rappeler que notre situation est passagère et courte
° Mon corps n’est pas un objet mais un corps vif, il est mon premier et meilleur ami

Combien j’en ai été loin lorsque je suis arrivée au Qi Gong, à genoux littéralement.
J’ai atterri au bon endroit, au milieu du Bois de Boulogne.
Une petite femme, bien française, y avait élu domicile pour dispenser un cours singulier : du Qi Gong thérapeutique renouant avec les origines mongoles, chamaniques, que lui avait transmis les premiers maîtres chinois venus en France au début des années quatre-vingt. Elle était une pionnière audacieuse faisant des synthèses personnelles. Tout ce qu’elle transmettait était éprouvé à même son corps et elle avait une confiance sans limite dans ces pratiques qui, disait-elle, l’avaient sauvée.

 

Mon premier cours de Qi Gong

Quand je suis arrivée à mon premier cours de Qi Gong, un genou fracassé, me déplaçant avec difficulté, touchant le fond car le coeur également brisé, je ne me suis pas posé la question de savoir si j’allais être guérie, à mon tour.
Je ne me suis pas posé la question en ces termes mais j’ai tout de suite senti qu’il y avait là quelque chose…
J’ai commencé à rejoindre deux fois par semaine, le petit groupe qui s’était formé autour d’elle.
Quelque soit la saison ou la température nous restions debout dans une position précise, sans bouger pendant quarante minutes  tout en laissant les mouvements intérieurs s’exprimer.

 

Être là !

A l’abri d’un grand arbre, proche d’un cours d’eau, le lieu évoquait un tableau de Corot. Cette méditation debout était suivie de mouvements très lents et précis avec des arrêts multiples qu’il fallait tenir le plus longtemps possible. Il m’arrivait souvent de toucher ma limite. Quelle libération s’ensuivit. Une joie réelle et profonde venant du corps, de l’unification de l’esprit, occupé de façon très rudimentaire à tenir la posture et donc à être là où était le corps et du corps lui-même explorant la limite de l’exercice porté par la confiance dans le bien-fondé et l’intelligence de ce qui lui était proposé.  Qui est avec qui, qui fait confiance à qui ou à quoi, je ne sais pas vraiment.  Mais le goût de ce mélange fut exquis.
Il m’a motivé à poursuivre et à apprendre d’autres styles, des enchaînements en mouvement venant de différents maîtres, de différentes écoles.
Et également à suivre des formations et passer des examens afin de pouvoir enseigner le Qi Gong.

 

La méditation

Quand je suis venue à L’École de méditation, en 2010, à vrai dire je ne suis pas venue pour la méditation mais pour les propos de Fabrice Midal au sujet de l’art, j’ai néanmoins adopté la pratique silencieuse en assise très vite.
Non seulement je l’aimais mais aussi un vaste horizon d’études s’ouvrait pour moi. Je connaissais l’expérience pour avoir appris sur le tas. Là s’ouvrait la possibilité d’étudier, de partager et d’échanger au sein d’une communauté beaucoup plus large.
Désormais il s’agissait pour moi de tenir les deux pratiques ensemble.

 

Tenir les deux pratiques ensemble

Un après-midi de l’été 2015, lors de la retraite au Fort Saint-André, Fabrice m’a invitée à proposer une séance de Qi Gong dans l’espace même de la méditation, la chapelle du Fort qui nous y tient lieu.
Je lui suis reconnaissante car cela a concrétisé et donné sens à ma recherche très personnelle de mettre en lien les deux pratiques.
Depuis lors il n’y a pas plus bel endroit pour moi où faire pratiquer le Qi Gong que L’École de méditation.
L’attention que nous portons au corps tenu en assise silencieuse se prolonge dans les mouvements lents et rythmés du Qi Gong.
Ces mouvements agissent alors comme une libération.
L’attitude volontariste que nous adoptons souvent à l’égard de notre corps quand nous cherchons à lui faire faire des mouvements s’est érodée pendant l’assise et le mouvement peut alors venir de l’intérieur.
Et ce même mouvement libère une joie contenue, souvent retenue.
Le stage 5 du chemin que l’École propose est une retraite collective en silence. Des méditations en marchant et des mouvements de Qi Gong en sont partie intégrante.  Après les longues heures de silence le quart d’heure de Qi Gong en fin de matinée me parut particulièrement bienvenu. Le mouvement nous animait au point que nous formions un petit orchestre de souffles et de percussions.

Combien la vie est intense à partir du silence partagé !

Cette vie si précieuse dont il est dit quelques versets plus loin dans le Bodhicaryavatara ( 4.20) dans la traduction d’Alexis :

… le Fortuné dit de la condition humaine
Qu’elle est la plus difficile à atteindre;
C’est aussi peu probable qu’une tortue qui passerait
Le cou par le trou d’un joug perdu au milieu de l’océan

 

-> Retrouvez les séances de Qi Gong animées par Elisabeth Larivière – Réservé aux membres amis de l’École : www.ecole-occidentale-meditation.com/agenda/seance-de-qi-gong-23-01-22

Elisabeth Larivière

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