Page blanche

Photo en gros plan d'une grande feuille blanche posée à plat
Assis comme une page blanche au beau milieu de l’aube – ses oiseaux déployés signant la journée de leurs trilles,
assis comme un estuaire paresseux parmi les courants contraires – le peuple des joncs pour seul témoin de cette longue collecte allée à la mer,
assis comme un chat sur le green (ou le tapis d’un billard) à aiguiser sa patience devant un trou d’où ne sortira jamais aucune souris – le sachant mais guettant malgré tout – par nature et par jeu,
assis comme un enfant sage abandonné dans une maison sans souvenir – vainqueur de chaque espoir,
assis comme un rayon de soleil à travers les persiennes – allumant la pièce surprise d’or et de poussière,
assis comme un vase ébréché sur le coffre de la terre – dans un jardin visité par des hôtes innocents de l’heure,
assis comme un désordre – quand tout parle de verre par les bouches d’un dieu aux sourcils froncés,
assis comme une douleur réveillant la chair d’un baiser, assis comme cerf-volant cloué  à l’aplomb par le vent, assis comme une mort au sein de la pierre, assis comme un parfum sans raison, comme un geste sans saison, comme un frère devant son frère, assis comme hier lorsque ses pétales éclosaient le monde, assis d’une seule traite – facile, imprévisible, inaperçu, assis comme un vieux film, une bribe de conversation, un claquement de portière,
assis infiniment, vierge infiniment, quand bien même là s’ombre – assis pour porter l’action à la première révérence,
assis entre les notes de la musique qui s’oublie – quelle trace ?
Yves Dallavalle
Chapendu
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