Aimer ce qui ne nous plaît pas

Portrait de Jean Genet par Alberto Giacometti.

Un stage sur la bienveillance

Le stage 3 sur la bienveillance est pensé et structuré de manière très précise et je trouve qu’il est bon, dans le quotidien, de parfois se souvenir de cette structure.
Nous commençons par une journée entière consacrée à la bienveillance.
Puis, une journée entière consacrée au thème Entrer en amitié avec soi, si crucial pour nous selon Fabrice Midal. Et c’est seulement le lendemain que nous entrons dans les pratiques traditionnelles de compassion.

Un des enjeux, c’est d’approcher notre capacité à aimer qui est beaucoup plus ample que nous ne le croyons. Cela peut aller jusqu’à aimer ce qui ne nous plaît pas et de se laisser toucher par ça.

Mais il est important de ne pas s’y forcer en raison d’un idéal ou d’une idée élevée de soi.

 

Genet et Giacometti

Les grands artistes ont souvent cette capacité.

En 1954, Jean Genet fît la connaissance d’ Alberto Giacometti par l’intermédiaire de Sartre. Ils seront proches par des liens amicaux et par une inspiration réciproque. Genet posera pour Giacometti et prendra des notes de leurs échanges.

En 1958 paraît un court texte, L’Atelier d’Alberto Giacometti, dans lequel Genet raconte une expérience que je trouve bouleversante :

 

«  Il y a quatre ans environ, j’étais dans le train. En face de moi, dans le compartiment un épouvantable petit vieux était assis. Sale, et, manifestement, méchant, certaines de ses réflexions me le prouvèrent. Refusant de poursuivre avec lui une conversation sans bonheur, je voulus lire, mais, malgré moi je regardais ce petit vieux : il était laid. Son regard croisa, comme on dit, le mien, et, ce fut bref ou appuyé, je ne sais plus, mais je connus soudain le douloureux – oui, douloureux sentiment que n’importe quel homme en « valait » exactement – qu’on m’excuse, mais c’est sur « exactement » que je veux mettre l’accent – n’importe quel autre.
« N’importe qui, me dis-je, peut être aimé par delà sa laideur, sa sottise, sa méchanceté. »
C’est un regard, appuyé ou rapide, qui s’était pris dans le mien et qui m’en rendait compte. Et ce qui fait qu’un homme pouvait être aimé par-delà sa laideur ou sa méchanceté permettait précisément d’aimer celles-ci.
Ne nous méprenons pas : il ne s’agissait pas d’une bonté venant de moi, mais d’une reconnaissance. Le regard de Giacometti a vu cela depuis longtemps, et il nous le restitue. Je dis ce que j’éprouve : cette parenté manifestée par ses figures me semble être ce point précieux où l’être humain serait ramené à ce qu’il a de plus irréductible : sa solitude d’être exactement équivalent à tout autre. »

Le point le plus irréductible

Quelle leçon de bienveillance !

Le but des pratiques de bienveillance n’est pas de se raidir sur une bonté imposée. Il s’agit bien plus d’un phénomène de reconnaissance.

Dans les œuvres de Giacometti, Genet aperçoit ce qu’il nomme le point le plus irréductible, c’est à dire la solitude de chaque être humain qui fait de lui l’égal de tout autre. Combien la pratique de la méditation nous permet d’expérimenter cette solitude qui nous relie aux autres !

 

Elisabeth Larivière

Paris

 

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