Quelques impressions de retraite

Tableau de Joan Miró intitulé "Constellation chant du rossignol à minuit et la pluie matinale" et datant de 1940.
En retraite de méditation pour quelques jours, les conditions étaient propices pour partir en éclaireur.
Voici donc quelques impressions de pratique qui témoignent d’une expérience que nous faisons tous sur le coussin.

 
 
 
 

Le Commentateur

 
D’abord, il y a ces premières pratiques, comme un décrassage, où l’esprit-commentateur saute et virevolte d’une chose à une autre à en être fatiguant.
La pratique est extrêmement bruyante, l’esprit nomme tout ce qui se passe, absolument tout.
Il étiquette encore et encore :

 

la cheville droite gratte,
une pointe dans la poitrine,
un courant d’air,

 

ces commentaires me fatiguent,
envie de bouger,
suis-je bien au milieu de mon coussin ?,
je devrais vérifier,
non ne bouge pas,
si je vérifie,

 

irritation,

 

où est l’espace?,

 

attentive,

 

le souffle,
non pas l’inspire,
attentive à l’expire!,
mais qu’est-ce que ça pédale!
 
– silence –
– espace –
 
 ah enfin !,

 

zut ça recommence !
etc etc etc, c’est sans fin…

 

Quand la tentation que cela s’arrête pointe à l’horizon, je me rappelle que c’est exactement ce qui se passe maintenant qui est passionnant.
Car, à y regarder de plus près, il y a bien quelques trouées de présence simple à ce qui est, sans « double check », juste être. Cela ne dure pas, mais c’est là.
Constater aussi que plus je m’inquiète de ce Commentateur en Chef, plus il est présent, et exigeant.
 

Cause toujours…

 
Alors, dans les pratiques suivantes, ne plus lui accorder d’intérêt. Un peu comme la musique qui résonne chez le voisin alors qu’il y a un travail à faire qui demande de la concentration. Plus ça nous énerve, moins il est possible de travailler. Mais, si nous portons une attention pleine et entière à ce qu’il y a à faire, la musique s’estompe d’elle-même.
Sur le coussin, nous pouvons aussi donner droit et nourrir les moments de pure présence que révèlent un chant d’oiseau, un coup de vent qui fait onduler les bouleaux, une chaleur dans la poitrine.
Nous pouvons nourrir ces instants par une attention ouverte, sans s’y accrocher car, dès que nous nous y accrochons, qui voilà ? Notre ami le Commentateur !
Bonjour !
 
Marine Manouvrier
Bruxelles
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