La peinture comme animal

Photo d'un tableau d'Elisabeth Larivière, intervenante au sein de l'École occidentale de méditation, fondée par Fabrice Midal

Si, à Paris, vous entrez au 38 rue de la Folie Regnault à la galerie Beauvoir – vous trouverez le silence dans la joie profonde où vous l’aurez laissé. Car c’est là qu’Elisabeth Larivière expose sa peinture jusqu’au 29 novembre. Vous entrez, vous ne savez rien, vous dites bonjour au hasard – qui vous répond – vous vous promenez au gré de stations plus ou moins prolongées – vous bondissez, rebondissez dans le sillage des gestes sans intention d’Elisabeth – vous souriez, vous ne cherchez pas plus loin, vous êtes arrivé. Le silence vous a fait comme il a fait la toile et il garde tout du long un doigt au bord des lèvres, sans que vous sachiez jamais si c’est pour taire un secret ou pour vous révéler.

Là où avant le geste se tenait une cadence – une tonalité est apparue. Dont les masses s’agrègent par une communauté d’allure pour glisser ensemble sur un même plan – veillées par une profondeur de champ trouée par d’autres couleurs prenant sans heurt leur propre tangente. Vous vous réjouissez d’être ainsi enfanté dans un monde si frais. Il a dû y avoir une main ici – partie caresser l’encolure de quelqu’animal jamais pensé.
C’était donc pour ça le silence – convoquer, par capillarité de sens, l’animalité de la peinture entre les murs de cet ancien atelier.
Mais cette âme qui s’anime – ce qu’elle fait tourner de monde – vers quel dessein ignorant de lui-même et sacré ? Ce qui danse ainsi dans le vide – s’y frottant après s’y être désaltéré – où cela va-t-il se blottir et de quelle évidence sommes-nous alors délivrés ?
Peut-être celle de se croire oublié, dès qu’on détourne le regard, de ce qui tient là dans l’innocence. C’est en tout cas l’expérience que nous fîmes samedi dernier, méditant dans la salle du rez-de-chaussée, entourés des tableaux d’Elisabeth. Nous étions une trentaine à pratiquer sur nos chaises dans une même écoute cette autre liberté. Toute gestuelle abandonnée, les yeux et les oreilles ouverts à l’entièreté sans rien fixer, nous faisions monde en ce bruissant silence, dans l’inconnue qui signe ailleurs et autrement le passage au point d’équilibre. On aurait dit qu’après l’apparition des choses de l’art – l’apparition de l’être nous assemblait.

Autour de nous, les toiles se tenaient animales – n’embarrassant d’aucun devoir la communauté d’existence où elles conviaient par leur simple présence les témoins muets que nous étions devenus de leur éternelle fugacité.

Yves Dallavalle

Chapendu
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