Mercy Seat

Photo d'un coussin de méditation rouge sur un tapis turquoise, avec à gauche, un petit gong et une petite table sur laquelle sont posés des fleurs en vase et un bol à encens
C’était il y a quelques jours, à Paris.
Dans un dernier sursaut avant la rentrée, l’été se rappelait à nous avec force. Le chaud s’était abattu sur la ville ralentissant tout, la respiration, les mouvements, les corps.
Seuls quelques éclats de voix venaient parfois rompre cette atmosphère pleine et enveloppante.

Un matin, accompagnée d’un ami, nous avons installé deux coussins de méditation sur la terrasse de la maison où je séjournais.
Nous nous sommes assis contre un grand mur blanc, juste avant l’heure où la chaleur s’établit en maître de la journée.
Il me semblait être adossée à l’église Saint-Médard tant elle était proche.

Le gong sonne et, dans le silence du petit matin, résonne depuis une fenêtre voisine:

It began when they come took me from my home
And put me in Dead Row,
Of which I am nearly wholly innocent, you know.
And i’ll say it again
I..am..not..afraid..to..die.

And the mercy seat is waiting

La voix si particulière de Nick Cave déchire ce silence avec Mercy Seat.

Mercy seat, c’est l’histoire d’un condamné à mort et le nom de la chaise électrique.
La métaphore est trop belle pour ne pas y voir un clin d’œil.
Le rappel de l’impermanence de toutes choses sera le ton de cette pratique.
L’inspire et l’expire s’accordent à la mélopée comme témoins de la brièveté et de la préciosité de la vie humaine.

I..am..not..afraid..to..die.

Je prête une attention particulière à ce fugitif instant qui sépare l’expire et l’inspire et qui me laisse comme en suspend.
Cette brèche est ponctuée, de-ci de-là, par le coup de tonnerre d’un orage sans pluie, comme un rappel de l’éphémère.

Et, alors que la voix de Nick Cave s’éteint, les cloches de Saint-Médard se mettent à emplir l’atmosphère de leur carillons magnifiques.

La pratique a repris ensuite son chemin : une abeille a fait s’élever un peu d’angoisse, les chansons suivantes m’ont fait perdre le fil de la respiration un nombre incalculable de fois, la chaleur est tombée sur nous et la soif s’est fait sentir… respirer, revenir, respirer, revenir …

Pourtant, pendant quelques minutes, le monde s’est fait poème  …

… mais ne l’est-il pas toujours ?

Marine Manouvrier

Bruxelles

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