On pense souvent que je suis calme. Je ne le suis pas.

Nombre de situations dans ma vie professionnelle ou quotidienne m’inquiètent. Quand j’étais adolescent il m’arrivait de penser toute une nuit à un problème de math. Il y avait dans mes pensées des sentiments mélangés : l’idée du  jeu, du défi, la volonté de gagner, d’être le meilleur,  la peur de perdre la face si je n’y arrivais pas.
Alors qu’est-ce qui a changé depuis que je pratique la méditation ? On pourrait penser que je parviens mieux maintenant à résoudre mes problèmes. Je ne le crois pas. Alors peut-être arrivé-je mieux à les éviter qu’avant ? Peut-être que je relativise plus facilement certaines situations et qu’elles ne m’affectent plus autant qu’avant, que je suis plus  zen ? Non plus ; les difficultés me tombent dessus souvent comme la pluie, je ne peux pas plus les éviter aujourd’hui qu’il y a des années. Au contraire je deviens par la méditation plus sensible.
Alors quoi, qu’est-ce qui est différent ?
Je crois que je peux maintenant entrer un peu plus pleinement dans une situation, en faire l’épreuve en la voyant moins comme un problème à résoudre. Résoudre un problème c’est d’une certaine façon vouloir le supprimer, s’en débarrasser. Faire l’épreuve d’une situation demande au contraire un certain courage, cela demande d’y entrer complètement sans a priori, sans préjugé, sans même y appliquer l’étiquette « problème ».
Le problème c’est souvent au fond le mot « problème » lui-même. Dire « j’ai un problème » est plutôt réducteur et étroit, tant les situations réelles de la vie sont complexes, colorées et nuancées. On a souvent le nez collé à nos problèmes, on regarde la situation de trop près, on regarde sans voir. Il me semble que je peux aujourd’hui avoir une vision un petit peu plus large d’une situation qu’auparavant.

J’ai fait il y a quelques jours cette expérience sur le coussin : j’étais assis, une situation conflictuelle est apparue et a envahi pendant un temps mes pensées. Alors que je revivais pour la énième fois cette situation, même si le  sujet de préoccupation était nouveau, cette fois-là une nuance s’est dessinée. Dans l’espace de la méditation ce que je considérais comme problématique s’inscrivait dans un cadre plus large. Il y avait quelque chose  avant la « pensée  problème » que je n’avais pas vu jusqu’alors. La situation conflictuelle m’apparaissait comme une sorte de champ de bataille limité et isolé dans un espace plus vaste. Le mot poème s’est insinué comme malicieusement dans mon esprit à la place du mot problème. Au lieu de faire tout un problème de la situation, c’était tout un poème qui apparaissait. Ce qui me manquait pour voir la situation plus complètement était cet espace poétique.

Cet espace avait toujours été là, simplement je n’y avais pas prêté attention.

Xavier Ripoche
Paris

 

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