Ribambelle

ribambelle
L’autre jour je méditais avec des enfants. Nous partagions l’écoute du silence. Les sons étaient bel et bien là – posés en équilibre dessus, accrochés par la queue comme des casseroles dans une cuisine, des croches sur une portée de notes. Les autos derrière les fenêtres, les radiateurs devant, des voix se répondant dans la cour, leurs propres mouvements – toute chose générait des bruits qui faisaient sourire les enfants.
Ils souriaient comme on fait lorsqu’on reconnaît de loin dans la rue un copain. Comme devant son dessert préféré ou un dessin géant à colorier. Mais peut-être souriaient-ils d’abord au silence tapi dessous les bruits. Ils semblaient le guetter malicieusement du coin de l’œil.
Suspendus comme ils étaient en haut des chaises, leur petite taille les préservait si bien de la pesanteur qu’ils paraissaient flotter un peu au-dessus de la terre et prêts à s’envoler au premier courant d’air.
Nous partagions l’affût du silence – c’est lui, autant que l’immobilité (sa cousine), qui nous mettait ensemble. Je respirais petitement pour ne pas risquer un courant d’air – me faisant l’effet d’un promeneur attardé sur la lande au crépuscule, ayant surpris une ribambelle de korrigans.
Mon souffle cependant agitait quelque peu leurs silhouettes comme découpées en guirlande dans du papier d’argent et traversées d’un fil. C’était quoi ? Une ou deux minutes de notre temps. Mais le temps aussi était suspendu à ce fil.
Seule l’enfance peut-être sait flotter ainsi sans se perdre. A chaque âge son point d’équilibre. Plus tard on pèse son poids sur la terre. Enfant (ou plume) on est tenu à mi-chemin par l’appel du ciel.
Yves Dallavalle
Chapendu
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