Une attention précise qui ouvre l’espace

« Le Spinario », tout entier attentif à retirer une épine de son pied.

Au musée du Capitole à Rome, j’ai été saisie par la présence rayonnante de la sculpture en bronze du « Spinario », œuvre du cinquième siècle avant J.C. qui trône en plein centre d’une grande salle, posée sur son piédestal.

Le point précis

Ce qui m’a complètement emportée, c’est le mouvement de tout le corps rassemblé vers un point précis. Où que l’on regarde, il nous conduit vers l’épine plantée dans son pied. Le dos arrondi est déhanché, une fesse plus enfoncée marque l’appui solide qui lui permet à la fois de se pencher et de s’appuyer sur un pied posé au sol, l’autre fesse se soulève et nous conduit naturellement vers la jambe pliée et ouverte, le pied droit posé sur son genou gauche. Une main tient le pied douloureux et les doigts de l’autre main sont tendus et rassemblés vers l’épine…

Son visage juvénile, d’une douceur bouleversante, est si simplement absorbé dans son attention. Le regard, que le sculpteur n’a pas décrit, mais qu’on devine plongé vers l’épine, m’a semblé d’une profondeur infinie.

Tous les détails nous montrent une intense présence : le visage est doux, la bouche très dessinée est tendue vers le point, le regard est creux, lieu de passage vers la profondeur et en même temps, portés au loin…

Entrer pleinement en rapport avec ce qui se montre

J’ai eu la grande chance de pouvoir toucher cette sculpture. C’est une faveur que certains musées offrent aux personnes dont les yeux ne voient pas bien.

Regarder avec les deux mains permet de voir l’ensemble du mouvement sous toutes les faces à la fois et d’être emportée physiquement.

Ce corps me transmettait à la fois toute la force de l’appui dans le sol et de l’élan vers une intention d’agir.

J’étais impressionnée de me sentir arrêtée et emportée dans une expérience qui me faisait perdre mes repères.

Ouvrir l’espace

En le regardant, je me suis sentie toute entière appelée à me rassembler et me relier à l’espace qui nous entourait. Tout absorbé qu’il est dans son action, il semble nous inviter à une écoute du monde. Un monde qui ouvre un espace temps vertigineux.

J’ai eu l’impression un instant d’être en rapport avec le temps du sculpteur, si loin de moi et en même temps si proche.

Habiter la posture

Cette posture si habitée me faisait toucher l’engagement de celui qui l’avait créée et m’emmenait dans une présence qui me touchait des pieds à la tête, comme dans la méditation. Dès que l’on se pose réellement, le corps se redresse, la posture est pleinement habitée et on se relie à l’espace. On peut regarder le point qui surgit.

Cela passe par un engagement de toute notre personne, le corps et l’esprit s’accordent et l’expérience nous surprend.


Sylvie Storme

Bruxelles

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