Sentir, voir, regarder.

Rembrandt

Maerten Soolmans et Oopjen Coppit ne sont pas un couple ordinaire. Ils ont été peints par Rembrandt en 1635  alors qu’il avait 28 ans.
Si la vie les a séparés très tôt par la mort précoce de Maerten, leur union perdure  depuis 381 ans…

Pour aller à leur rencontre – c’était in extremis car ils sont convoqués par la restauration – rien de mieux que d’y aller “en méditante”.

La rencontre espérée aura-t-elle lieu?  Je ne peux le savoir d’avance.
Un effort est nécessaire pour me placer en sorte de pouvoir rester auprès d’eux un certain temps. C’est un effort physique et aussi un effort d’attention. Sentir, voir, regarder, m’en imprégner tout en étant présente à ma respiration.
Ici, il me faut aussi du courage; supporter les bombardements photographiques,  ignorer d’envahissantes explications culturelles qui traitent Maerten et Oopjen  comme de simples objets.
Ensuite de la patience.
Il n’y a pas besoin de tout voir. Et même si je n’y voyais rien ce ne serait pas grave et ça ne voudrait pas dire que ce soit pour toujours. Je regarde la matérialité de l’œuvre – ici,  le rendu des soies, des satins et des tulles. Je peux me mettre tellement près du nœud de soulier qu’il se transforme en autre chose.

Mais surtout, comment me laisser regarder par ces peintures?
Comment entrer dans cet exercice spirituel auquel Fabrice Midal nous a invités plus d’une fois ?
Rester dans la bonne disposition, persévérer, attendre sans rien en attendre…

Puis, ensuite, retrouver le poète Robert Marteau. Rembrandt fait partie de ses “Huit peintres”. Je “bois” ses paroles :

” Le réél apparaît en se défaisant du voile de la réalité … Ce réél ne surgit pas miraculeusement : il émerge peu à peu par attention soutenue à la réalité du monde, elle-même affublée des oripeaux de l’illusoire et du conventionnel. ”

Elisabeth Larivière
Paris

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