Le passage des oiseaux migrateurs

Lithographie de Georges Braque représentant trois oiseaux bleus s'envolant sur un fond bleu clair, blanc et orange.
Oie sauvage oie sauvage
à ton premier voyage
quel âge avais-tu ?

(Kobayashi Issa)

 

Un matin tôt, roulant dans la campagne pour me rendre en ville, je regarde les voiles de brume recouvrant d’un duvet gris les champs labourés, le ciel mauve, et les nuages qui prennent la teinte orangée du soleil qui se lève; le triangle d’un vol d’oiseaux migrateurs apparaît alors dans le ciel, et je sens mon cœur qui se serre. Une petite voix s’insinue, tranchant net mon émotion : fin de l’été, oiseaux migrateurs, nostalgie, quel cliché !
Mettant en pratique ce que la méditation m’a appris, j’ai regardé mon commentaire droit dans les yeux et  je lui ai dit : fous-moi la paix ! Je suis revenue à l’émotion qui m’avait saisie. Elle avait un peu changé, et soudain elle m’a rappelée que ce jour-là,  précisément, il y a une année, nous fêtions l’anniversaire de mon compagnon disparu.  Derrière ce que j’ai qualifié de cliché, il y avait une émotion qui, elle, n’était pas un cliché. Par habitude, j’ai préféré un jugement tuant dans l’œuf ce qui tentait de se montrer et qui était un peu trop poignant. On voit à quel point nous pouvons sans nous en rendre compte restreindre la réalité de notre vie, et combien la méditation est une aide précieuse pour lui rendre son intégrité et sa profondeur.

 

Notre tristesse n’est pas un cliché

Le vol des oiseaux migrateurs à la fin de l’été soulève dans le cœur des hommes un sentiment de tristesse, ou de nostalgie;  ce n’est pas un cliché. Tous nous avons perdu une fois dans notre vie un être cher. Les oiseaux  migrateurs nous rappellent ceux qui nous ont quittés, mais aussi que cette terre, nous devrons la quitter un jour. Et chacun, nous vivons et nous exprimons cette expérience d’une manière qui nous est propre.

 

Dominique Sauthier
Genève
8 commentaires
  1. Anne-Marie GILL dit :

    J’aime beaucoup ce que vous avez exprimé. J’en retiens que souvent face à une émotion, nous pouvons réagir en juge impitoyable envers nous-même et envers cette émotion. Il suffit d’écouter sous d’autres angles cette émotion pour en comprendre tout autre chose et accueillir cette émotion dans la paix et dans la compréhension plus fine de ce que nous sommes comme êtres humains. La méditation nous porte vers ce chemin.

    • Dominique SAUTHIER dit :

      D’abord merci pour votre commentaire. Oui, ce que vous dites est juste.
      La méditation nous apprend à écouter ce que nous sentons vraiment, mais aussi à voir les moments où nous nous coupons de ce que nous sentons pour diverses raisons, la peur de sentir quelque chose d’inconfortable par exemple, ou simplement par habitude. En réalité, on ne choisit pas d’écouter sous un autre angle, on écoute juste ce qui est là au lieu de le recouvrir avec un jugement.

  2. Gil MATHIEU dit :

    Merci, Dominique. Joli témoignage de l’habileté du mental à insidieusement recouvrir l’émotion pour nous tenir éloigné de notre vulnérabilité.

    Cela résonne avec “Souffrir ou aimer” de Christophe Massin que j’ai commencé hier et où il écrit que la circulation fluide des émotions est essentielle à notre santé. Je me réjouis de te voir en santé 🙂

    • Dominique SAUTHIER dit :

      Merci pour ton commentaire, Gil ! Pour te dire vrai, je n’ai jamais aimé sans que cela entraîne, à côté des moments de joie, des moments de souffrance. Souffrance que les êtres que j’aime souffrent, ou qu’ils soient loin de moi, ou qu’ils s’en aillent définitivement. Pour moi, une circulation fluide serait de ne pas rester bloquée dans un embouteillage d’idées, et de revenir à ce qui est vraiment vivant, ce qui est vécu par le corps, les sens, les émotions, que ce soit douloureux, ou joyeux, ou tendre. C’est un vrai travail, la santé ! Bonne santé à toi aussi !

      • Gil MATHIEU dit :

        « je n’ai jamais aimé sans que cela entraîne, à côté des moments de joie, des moments de souffrance »

        Dans le titre de Christophe Massin, « Souffrir » c’est au sens de la souffrance qui résulte de la non-acceptation, « …ou aimer » puisqu’aimer c’est au contraire dire oui inconditionnellement.

  3. Gil MATHIEU dit :

    « …les émotions, que ce soit douloureux, ou joyeux, ou tendre ».

    Poursuivant la lecture de “Souffrir ou aimer” (c’est vraiment bien), je continue à trouver des résonances. Celle-ci p.57 : « [P]ouvoir vivre la gamme complète des émotions heureuses et malheureuses mais sans souffrance. La disparition de la souffrance provient de la transformation de la relation intérieure avec les émotions. »

    Traverser la tristesse, c’est toucher notre sensibilité et le besoin légitime d’être accueilli. Traverser la peur, c’est faire l’épreuve du courage et de la confiance. Traverser la colère, c’est renouer avec la résistance, l’audace et le discernement.

    Le travail continue dans la joie 🙂

    • Gil MATHIEU dit :

      « ne pas rester bloquée dans un embouteillage d’idées »

      Celle-là p.58 : « Simplifier […] en cultivant activement une attitude plus fluide d’ouverture, en acceptant de se laisser toucher. Une problématique s’accompagne de nombreuses pensées dans lesquelles on se perd facilement, alors qu’au niveau émotionnel, on débouche sur une coloration unique. Le cœur est plus simple que la tête… »

      C’est bien ce que tu nous montres ^^

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