Comment la méditation travaille en nous

Photographie d'un homme assis sur un banc et visiblement absorbé par ses pensées.

Il y a parfois cette question au sujet de la méditation : nous permettra-t-elle d’aller mieux oui ou non ? Va-t-elle nous guérir de nos névroses ou pas ?

Ne pas avoir de but ?

On a bien compris, après avoir écouté quelques instructions sur la pratique, que la méditation n’a pas d’objectif et qu’il n’est pas question de méditer sur son mal-être pour le transformer en bien-être. On a entendu que lorsque des pensées nous amènent loin de là où nous sommes, il s’agit de ne pas s’y accrocher et que l’instruction est, lorsqu’on s’aperçoit qu’on est parti dans ses pensées, de revenir à la situation présente. On dit aussi que la méditation peut nous transformer radicalement. Donc d’un côté il faudrait ne pas avoir de but, de projet, et d’un autre côté on comprend que cela pourrait bien nous transformer et on ne peut alors s’empêcher d’espérer que cela nous aide à résoudre nos problèmes. Ces subtilités nous échappent. Tout cela semble contradictoire et on aimerait bien qu’on nous dise sans ambages ce qu’il en est vraiment.

Sentir la situation corporellement

Au fond cette contradiction n’est qu’apparente. Prenons un exemple concret. Vous vous êtes fâché avec une personne, vous ne pouvez vous empêcher de ressasser votre dispute. Vous pensez que vous auriez dû lui dire ceci ou cela, qu’ainsi vous auriez prouvé que vous aviez raison. Tout cela tourne en rond dans votre esprit. Vous n’en sortez pas. Vous avez l’impression que c’est un « problème ». C’est peut-être alors le moment de prendre le temps de vous asseoir sur le coussin de méditation. Vous vous asseyez, vous prenez votre posture, vous suivez mentalement les instructions. Immanquablement les pensées obsédantes concernant votre dispute vont revenir. Il y a à ce moment-là une certaine discipline à avoir pour, sans chasser ces pensées de façon brutale, les mettre de côté, ne pas les laisser vous envahir et revenir là où vous êtes.
Que se passe-t-il alors ? La situation particulière que vous vivez avec votre ami est toujours là, bien présente. Elle n’a pas disparu comme par enchantement. On peut même dire qu’elle travaille en vous alors que lorsque vous vous laissez aller à ressasser ce que vous appelez votre problème, vous empêchez ce travail de se faire.
Là, sur le coussin de méditation, vous n’atteignez pas un état de détachement total, vous n’êtes pas parfaitement zen, mais vous commencez à voir ce qui se passe d’une autre façon. Vous voyez avec tous vos sens, pas seulement avec votre esprit d’analyse rationnelle, pas seulement avec vos émotions. Vous commencez à sentir la situation corporellement. Votre expérience devient plus entière. Vous ne vous laissez pas happer par le contenu des pensées et du coup vous apercevez que ces pensées ont une texture ; elles peuvent être rugueuses, collantes, tranchantes, brûlantes. Vous êtes sans projet, sans le projet de résoudre un problème, sans le projet d’aller mieux. Vous êtes comme un enfant qui regarde le monde. Il y a plus d’espace, plus de jeu, plus de liberté dans votre esprit.

Une vue plus ample

Le gong sonne, la pratique est terminée. Avez-vous résolu ce qui vous apparaissait au départ comme « votre problème » ? Sans doute pas. Que s’est-il passé alors ? Pas grand-chose mais peut-être pouvez-vous vous rendre compte que vous ne voyez pas la situation tout à fait de la même façon qu’auparavant, que vous en avez une vue plus ample, plus ouverte. Un changement s’est opéré en vous. Il y a toujours un petit quelque chose qui change, aussi insignifiant, aussi imperceptible soit-il, mais qui n’est pas le résultat d’un projet. Cela change là où nous ne l’attendions pas. Nous ne sommes pas l’auteur de ce qui advient, de ce qui nous transforme.

Xavier Ripoche

Paris

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