L’accueil de ce qui est comme voie de métamorphose

Photographie de la partie supérieure de la sculpture de Michel-Ange, L'Esclave rebelle.

En septembre dernier, je consacrais un article dans la Croix, approfondi par une chronique audiovisuelle sur philosophies.tv, à la question de savoir si c’est le refus ou l’acceptation d’une maladie ou d’un handicap qui permet de les affronter au mieux. Évidemment, on peut étendre la question à n’importe quel obstacle qui atteint une vie humaine dans l’élan qui était le sien. Un livre m’a paru essentiel pour aborder cette question : L’acceptation radicale de Tara Brach.

Face à des épreuves très graves, ce titre peut apparaître comme une véritable provocation. Et pourtant, c’est bel et bien face à elles que l’acceptation radicale dont parle Tara Brach prend tout son sens.

Une forme de politesse

Préconiser l’acceptation de ce qui est dans des circonstances ordinaires, même un peu désagréables, relève en effet du conseil de savoir vivre élémentaire, qui nous libère de la plainte constante de ceux qui, comme dirait le philosophe Alain, ne cessent, de toute façon, de « bouder », puisqu’ « on ne peut distraire ceux qui s’ennuient d’eux mêmes ». Dans le cours habituel de la vie, il y a, dit Alain : « un devoir d’être heureux » ! Lequel relève d’une forme de politesse à l’égard de laquelle, nous devons avoir une profonde gratitude ! « Nous devons reconnaissance et couronne d’athlète, écrit-il, à ceux qui digèrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur énergique exemple. » Il pleut, le café est un peu trop chaud, un peu trop sucré : nous allons nous en remettre ! Et être dans « l’acceptation radicale » à chaque fois que la vie nous présente les peccadilles du quotidien, c’est le moins qu’on puisse faire pour ses semblables.

En revanche, pouvons-nous accepter radicalement une épreuve qui nous expose, ou expose ceux que nous aimons, à la crainte de la mort même ? Comment ne pas espérer alors, que la réalité prenne un autre visage, et pouvons-nous ne pas nous raidir contre elle ?

Ni accepter, ni refuser, mais accueillir

J’ai posé cette question à Anne-Lyse Chabert, la jeune philosophe qui a assisté à quelques enseignements de l’École occidentale de méditation l’an dernier, et vient de publier un livre Transformer le handicap, qui est « nominé » pour concourir au prix lycéen du livre de philosophie, auquel mes élèves participeront cette année. Anne-Lyse est atteinte d’une maladie neurologique évolutive. À ma question, elle a répondu, d’expérience, qu’il ne s’agissait en fait ni d’accepter (ce qu’elle n’a jamais fait) ni de refuser la maladie, mais de « l’, accueillir et de se mettre en rapport avec elle », faute de quoi, on se heurte à une situation « indébloquable ». Cela revient à peu près à ce que dit Christophe André, dans la belle préface qu’il a rédigée au livre de Tara Brach.

« Étymologiquement, « accepter » vient du latin « accipere », recevoir, accueillir. Accepter ne signifie pas se réjouir de tout ce qui arrive, ou l’approuver. Accepter un orage, une maladie, une adversité quelconque, ce n’est pas dire, « c’est très bien comme ça », c’est dire : « c’est là ». <…> De même, acceptation ne signifie pas passivité ou résignation, <ou> renoncement à l’action : simplement on accepte que le réel soit le réel ». Ou mieux, on accepte de le reconnaître. On dépasse le déni, le raidissement réflexe, et c’est bien alors que le réel peut se remettre en mouvement et se transformer. L’accueil du réel devient une voie de métamorphose.

Ainsi, dans son livre où des exemples passionnants abondent, la jeune philosophe évoque-t-elle le cas d’une équipe de football dont toutes les règles et les conditions d’exercice ont été adaptées à la situation de jeunes joueurs aveugles ! Et qui, de surcroît, jouent au Mali, dont les moyens matériels à destination des personnes en situation de handicap sont plus limités encore qu’ils ne le sont sous nos latitudes. Quand on accepte de « se mettre en rapport » avec une situation, fût-elle handicapante, alors les ressources qu’elle recèle se montrent.

Tel est le message commun aux livres de Tara Brach et d’Anne Lyse Chabert : paradoxalement, ce n’est pas le refus mais l’accueil du réel qui le change !

 

Danielle Moyse

Chennevières

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