La méditation peut-elle nous soigner ? Expérience d’un cycle d’accompagnement

Photographie d'un groupe d'oiseaux migrateurs volant en formation en V.

« La méditation peut, de manière très concrète, aider chacun d’entre nous à entrer en relation de façon juste avec notre propre existence. »

Fabrice Midal

 

 

Méditation & Thérapie

(par Yveline Roque)

 

Quand Fabrice Midal m’a confié la responsabilité de la mise en place d’un espace de réflexion et d’expérimentation sur les effets thérapeutiques de la méditation, l’aventure m’a enthousiasmée, mais l’ampleur de la tâche m’a quelque peu inquiétée ! Quelques mois après, naissait « Méditation & Thérapie, Recherche et Accompagnement », qui est à la fois un pôle de réflexion et un lieu de soutien et d’accompagnement des personnes en difficulté dans leur pratique.

Thérapeute de profession, je pratique la méditation depuis une quinzaine d’années et je m’étonne toujours de voir la manière dont elle vient colorer, modifier mon approche thérapeutique tant du point de vue des personnes accompagnées que de ma propre posture clinique. Cette mission au sein de l’École occidentale de méditation est venue rejoindre mes préoccupations profondes et m’a permis d’élargir ma réflexion en lien avec des thérapeutes, membres de l’École, qui ont décidé de se joindre à l’aventure. Médecins, psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, psychologues du travail… Chacun vient d’un horizon différent, tous ont en commun cette passion de la méditation et de ses vertus thérapeutiques.

Un réel besoin.

Parmi les personnes amenées à fréquenter notre École, certaines nous font part de leurs difficultés dans la pratique. (angoisses, forte anxiété, ruminations obsédantes…) au point d’y renoncer. Elles éprouvent le besoin de se retrouver au sein d’un petit groupe dans un cadre à la fois sécurisant et bienveillant pour aborder sereinement la pratique. Par ailleurs, les personnes en situation de fragilité qui ont envie de découvrir la méditation sont également en demande d’un cadre plus intime.

Notre groupe de thérapeutes soucieux de répondre à ces demandes a mis en place des « cycles d’accompagnement à la méditation ».

Précisons que ces groupes d’accompagnement à la pratique, même s’ils ont des effets thérapeutiques, ne sont pas des groupes de thérapie ni des groupes de parole. Ici, l’intention n’est pas de se substituer à la psychothérapie, et /ou au traitement médical mais d’offrir un cadre approprié où des personnes en souffrance peuvent apprendre à méditer, s’exprimer en toute confiance, explorer le champ des possibles, dans les meilleures conditions qui soient.


Expérience d’un cycle d’accompagnement

(par Claude Madelin)

 

L’idée de ces cycles est partie du constat qu’un certain nombre de personnes ayant déjà eu une expérience de la méditation ou souhaitant la découvrir ont, en raison de certaines difficultés, exprimé le besoin d’apprivoiser celle-ci dans un cadre favorisant la confiance.

Le cycle d’accompagnement est toujours encadré par un binôme de thérapeutes membres du groupe « Méditation & Thérapie ».

Quel lien entre thérapie et méditation ?

En son sens grec, le mot thérapie revêt deux dimensions : d’une part celle de « prendre soin, être au service de », et d’autre part, celle de « guérir ». « Le thérapeute prend soin de ce souffle qui informe le corps, guérir quelqu’un, c’est le faire respirer » (Philon d’Alexandrie -20 av J. C. +45). En ce sens, la méditation est thérapeutique. En effet, l’attention au souffle est le fil directeur de nombreuses pratiques. Porter son attention au souffle, être ouvert à tout ce qui est là sans intention de changer quoi que ce soit, sans jugement, c’est déjà prendre soin de soi.

Six participants

(Nota : pour des raisons de confidentialité, les prénoms des personnes évoquées ci-après ont été modifiés. )

Je présente ici le déroulement d’un de ces cycles que nous avons animé avec Yveline Roque.

Nous avons accompagné un petit groupe de 6 personnes dans la pratique de la méditation durant 6 séances de 2 heures espacées de 15 jours, séances suivies de 2 rencontres, l’une à 2 mois, l’autre à 6. Tous souhaitaient expérimenter la pratique tout en étant guidés au sein d’un petit groupe

Deux personnes du groupe, membres de l’École occidentale de méditation, avaient participé au moins à un stage. Les autres n’avaient jamais pratiqué, ou très peu. Méditer, que ce soit le mercredi à l’École ou seul, leur paraissait trop difficile, voire anxiogène.

Béatrice n’avait jamais pratiqué. Suivie pour une anxiété généralisée avec épisodes dépressifs, elle avait expérimenté la relaxation et l’hypnose . Anne avait assisté à une ou deux soirées Portes ouvertes le mercredi à l’École, au cours desquelles elle s’était sentie perturbée par des pensées angoissantes. Trois d’entre eux avaient vécu des expériences douloureuses en méditant seul : Sybille, ayant médité régulièrement avec des CD conseillés par son psychiatre, n’y parvenait plus, car elle traversait une période dépressive, Noël était souvent submergé par des pensées obsédantes, et Hélène envahie par des crises d’angoisse. Virginie, bien qu’elle ait déjà beaucoup pratiqué, souffrait d’un trop-plein d’émotions probablement liées à des circonstances professionnelles compliquées.

Plusieurs suivaient une psychothérapie et prenaient un traitement. Tous souhaitaient « un mieux-être, un apaisement, une moindre dispersion, l’atténuation des périodes dépressives ou des crises d’angoisse ».

Comment ?

Lors des séances, se sont alternés pratiques guidées et échanges quant à l’expérience que chacun pouvait en faire. La 6e et dernière séance a été pratiquée en silence, sans instruction, durant 20 minutes.

La trame des séances fut modifiée en fonction de l’évolution du groupe, conformément à l’esprit de l’École…

Lors des 3 premières séances, nous sommes revenus régulièrement sur la posture que nous prenons pour méditer : d’emblée, nous avons été frappées par certains visages crispés, dos courbés, respiration saccadée ; aussi l’ancrage corporel par l’assise juste, sans tension nous a paru devoir être renforcé. Nous avons proposé successivement les pratiques de « scan corporel » (pratique issue du protocole de MBSR-MBCT), « habiter son corps », « présence au souffle », « exploration des 5 sens », « comment être face aux émotions ? », « que faire avec les pensées ? ». Pour chacune de ces pratiques, nous insistions sur le fait d’être présent à…, de laisser être, d’être ouvert à…, d’accueillir, de ne rien faire, d’être sans jugement, sans analyse…

Chaque pratique était suivie d’un temps de parole permettant à chacun de parler en détails de son expérience. Tous se sont exprimés aisément, parlant de « confiance » au sein du groupe, de « liberté de parole », d’ « absence de jugement ».

Leurs témoignages nous ont amenées à nous questionner quant à certains mots employés tels que « bonjour, verticalité, ciel et terre… ». « Bonjour à mon corps » déstabilisa Béatrice qui « n’aime pas son corps ». Les nuances comptent : « sens de verticalité » nous a paru préférable à « verticalité » qui peut impliquer tension ou rigidité.

On entendit dans les remarques une sensibilité extrême au rythme et au son de la voix, à un excès d’instructions lors de la pratique, nous ajustions à mesure…

Parler en confiance, écouter les difficultés de chacun, les peurs, les réticences, l’apaisement ressenti, ont permis de nombreuses interactions, et ont créé des liens qui se sont entretenus en dehors même des séances. Ainsi Noël proposa aux autres de se mettre sur WhatsApp à certains moments, lors de leurs pratiques solitaires souvent problématiques.

Quelle évolution ?

Lors de la dernière rencontre, tous témoignèrent d’un début de changement dans leur manière d’être, parlant de présence à leur corps, au souffle, et, dans certaines situations, de confiance, d’un amoindrissement de l’auto-critique dans leur quotidien.

Noël, membre de l’École ayant suivi le stage sur la Pleine présence parallèlement à notre cycle, pratiquait tous les jours et se sentait « plus ancré, plus présent et ouvert aux autres ». « La pratique a coupé l’herbe sous le pied de mon mariage passionnel et toxique avec les pensées ! ».

Pour Béatrice qui n’avait jamais pratiqué, se poser lui apparaissait comme une nécessité et elle se sentait plus en sécurité. Elle ajouta qu’elle se répétait souvent : « sois bienveillante à l’égard de toi-même, c’est un chemin vers l’essentiel… ». Chez elle, elle a matérialisé son espace de pratique par une chaise, qui désormais, « l’appelle parfois ».

Hélène, qui ne pratiquait pas seule du fait de sa symptomatologie, nous a dit « être plus attentive, plus présente à ce qui se passe ». « J’ai entendu le chant des oiseaux aujourd’hui, j’étais présente, j’en éprouvais du plaisir. Avant, je m’efforçais d’écouter les sons, là ils sont venus à moi, sans effort. Ça fait son chemin… »

Sybille, encore très fragilisée par un épisode dépressif, restait dubitative et réticente pour s’exprimer.

Virginie remarqua : « reprendre la pratique sur la base de la Pleine présence au sein d’un petit groupe, m’a permis de reprendre confiance. Je vais me remettre sur le coussin, enfin, j’y pense… ».

Si ces témoignages d’apaisement, de confiance dans la pratique sont encourageants et tendent à montrer l’apport thérapeutique de la méditation, leurs attentes allaient, pour certains, au-delà de ce que peut offrir la méditation. Nous avons rappelé, à plusieurs reprises que méditer consiste à s’engager sur un chemin qui se fait pas à pas sans intention spécfique. Ne pas avoir de but à atteindre, simplement s’asseoir sans rien attendre, sont sans doute à l’origine de la perplexité, voire la crainte de personnes en difficultés qui aimeraient apaiser leur souffrance rapidement.

 

Yveline Roque (psychothérapeute),

& Claude Madelin (psychiatre et psychothérapeute),

Paris

Logo du groupe Méditation et Thérapie, Recherche et Accompagnement

Si vous souhaitez participer à l’un de ces groupes d’accompagnement à la pratique de la méditation, limités à huit personnes, vous pouvez contacter Yveline Roque (yveline.roque@gmail.com – 06 87 82 62 40)

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