J’ai acheté des fleurs

J’ai longtemps été réfractaire à l’idée d’apporter des fleurs au cimetière pour la tombe de ma famille. À bien regarder les tombes du cimetière, je n’étais certainement pas le seul : nombre d’entre elles sont à l’abandon, signe d’un désintérêt profond de notre temps pour honorer les morts.

À contrario, ma mère prend régulièrement soin de la tombe. Elle y met des fleurs, des pots, des plantes, les arrose et nettoie avec de l’eau et une brosse la sépulture.

Un pont entre invisible et visible

Ce n’est qu’en découvrant la méditation que j’ai compris que le soin de ma mère pour cette tombe permettait de rendre visible l’absence et de lui donner un caractère sacré. Sans ce pont qu’elle établit ainsi entre invisible et visible, le manque et l’absence seraient étouffants – ou au moins sans âme comme le dit justement l’expression. Grâce à son geste, le manque et l’amour prennent corps. En regardant la tombe fleurie, il est évident qu’il y a quelque chose qui est habité et dont on prend soin.

Le pratiquant de méditation prend soin de la vie

Les rituels comme celui de rendre hommage aux morts nous remettent à notre humble place d’être humain. Comme ma mère qui s’occupe de la tombe, le pratiquant de méditation prend soin de la vie à chaque fois qu’il prend place pour pratiquer.

J’ai moi aussi acheté des fleurs il y a quelques jours et les ai déposées sur la tombe où reposent mon père, mes grands-parents et ma tante. J’ai laissé tomber une idée utilitaire – je fais cela pour quelque chose – et j’ai laissé venir le désir de rendre hommage, de célébrer la vie passée et le lien toujours présent avec ceux qui ne sont plus là. J’ai écouté ce que poser les fleurs me faisait, j’ai laissé les souvenirs se mêler au vent, aux nuages, au ciel, aux arbres. J’étais là simplement mais vraiment. J’ai laissé mon cœur ouvert au manque et au plein, à l’ici et à l’ailleurs. C’est le chemin de la pratique.

 

Antoine Panaïté

Paris

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