Apprivoiser la peur dans la relation de soins

Quel lien pouvons-nous entretenir avec nos émotions ? C’est une question très importante que nous avons notamment eu l’occasion d’aborder récemment à l’École occidentale de méditation, où nous avons eu le plaisir de recevoir Dzogchen Ponlop, venu nous présenter son dernier livre : Emotional Rescue, paru en français sous le titre : Plan de sauvetage émotionnel

En effet, la méditation et le Bouddhisme, dont la tradition nous inspire à l’École, nous convient d’abord à une observation et à une compréhension de notre esprit. Or, cet « esprit », loin de nous apparaître toujours sous la forme d’idées très éthérées et détachées de notre vie, se présente souvent sous la forme d’émotions si violentes que Dzogchen Ponlop a jugé bon d’écrire un «  plan de sauvetage » destiné à ce que les émotions ne nous fassent pas chavirer ! 

Loin de nous inviter à refouler nos émotions, le maître tibétain nous convie plutôt à une observation fine de leur apparition, de leur déploiement, et de leur possible métamorphose en « énergie positive ». 

Le piège du déni

Malheureusement, la présence des émotions n’est pas toujours reconnue, et j’ai été invitée à faire une conférence à l’hôpital de Montfavet d’Avignon, où, pour la première fois, médecins et soignants se réunissaient pour observer les conséquences de la peur dans la relation de soins, qu’il s’agisse de celle des patients où des personnels ayant pour mission de les accompagner. Très souvent, la présence de la peur est déniée par le monde médical : avouer sa peur, c’est craindre d’avouer une incompétence. La peur est donc tue et n’en mine que davantage les relations entre patients et soignants.

Après avoir tenté une petite phénoménologie, mais aussi, grâce à Stefan Zweig, une petite psychologie de la peur, j’ai invité médecins et personnels à une considération de celle-ci comme d’un élément structurellement attaché à notre existence, au point que la nier serait nier cette existence même ! S’appuyant sur les témoignages des patients et des soignants, les participants ont progressivement pris conscience de la richesse que pouvait constituer non pas le déni, mais au contraire l’acceptation de la présence de la peur. Passer du déni à l’espoir d’une métamorphose de la peur, tel fut donc l’horizon de réflexion de cette rencontre, dont je vous livre les divers résultats, repris pour le journal La Croix, puis dans une chronique réalisée par Bruno Venzal sur philosophies.tv.

Danielle Moyse

Chennevières

0 commentaires

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *