Être responsable de sa vie

Photographie de Claire WIneland.

Cet article est l’introduction d’un enseignement que Martin donnera à l’occasion d’un stage de méditation sur la Pleine présence qui aura lieu en Savoie à la fin du mois.

 
 
 

Claire Wineland

Le 2 septembre 2018, Claire Wineland, une jeune femme américaine de 21 ans, est décédée. Elle était atteinte de mucoviscidose, et militait depuis de nombreuses années pour faire connaître cette maladie rare.

Claire était bouddhiste, et l’engagement qu’elle portait était fortement nourri par cette tradition. J’ai été très touché par une interview d’elle que j’ai lue, où l’on peut voir la grande clarté d’esprit qui était la sienne.

La méditation et l’éducation bouddhiste qu’elle a reçues l’ont aidée à mieux faire face à sa souffrance et à sa finitude. Comment ? On pourrait penser que la pratique l’avait aidée à prendre de la distance avec sa condition, que réaliser l’impermanence des choses lui avait permis de mieux accepter son sort. Mais ce n’est pourtant pas ce qu’elle décrit.

Elle explique en effet que la parole du Bouddha l’a aidée en lui faisant voir qu’elle était en charge de sa vie. Que la souffrance en faisait partie, mais que personne ne pourrait apprendre à vivre avec à sa place, que c’était sa responsabilité, en tant qu’être humain.

Et ce qui est très beau dans cette compréhension des choses, c’est que cela n’est pas un poids, mais une réjouissance. Il y a quelque chose à travailler. Et il y a une infinité de manières possibles de mener sa vie, malgré la maladie qu’elle avait à porter.

Tout comme Chögyam Trungpa parle souvent du cœur authentique de la tristesse, elle explique que la tristesse qu’elle pouvait ressentir en se rendant compte de l’imminence de sa mort venait du fait qu’elle était touchée par la présence de tous ces possibles, leur beauté, leur complexité, plutôt que par la peur qu’elle avait de mourir.

Faire face à notre vie

Lire un tel témoignage, étudier les enseignements, ou pratiquer la méditation avec tout son amour sont des chances formidables, car cela nous donne un aperçu très tranchant, très direct de la vie, de ce que c’est qu’être humain.

Et c’est au fond assez rare. Ce sont des expériences sans explications psychologisantes cherchant à lier tels phénomènes avec tels supposés traits de caractères ou évènements familiaux. Sans bavardages spirituels nous enfermant dans toujours plus de trips qui ne nous aident pas à faire face à notre vie, et en réduisent toujours plus la portée. Sans développement personnel, nous invitant à nous constituer une forteresse de recettes, de croyances et de compétences afin de ne jamais avoir à vraiment rencontrer notre souffrance et celles des autres.

Nous étouffons sous ces opinions et sagesses pleines de bons sentiments qui nous enferment au lieu de nous libérer. Bien que souvent abstraites et imprécises, elles ne sont jamais critiquées, car “ça ne peut pas faire de mal”…  Et pourtant, si !

Notre expérience est diluée dans tout ce bavardage insipide, et nous n’avançons pas, traînant nos problèmes de thérapies en médecines alternatives, de drogues en divertissements, de voyages en projets entrepreneuriaux, sans jamais vraiment rentrer au cœur de notre existence. Sans jamais y aller de façon directe.

Vers une véritable gratitude

Questionnée sur la gratitude, Claire regrette que ce mot soit galvaudé par la pensée “feel good”, et que nous pensions pouvoir éviter notre souffrance en jouissant du moment présent et des petits plaisirs de la vie. Cette soupe, présentée comme sagesse universelle et ne pensant pourtant rien, servie par les chantres du carpediemisme, est vraiment un poison contribuant à l’endormissement de personnes ayant pourtant envie de se réveiller, sentant qu’il y a plus à vivre que le cocktail   métro-instagram-boulot-netflix-dodo   que l’on nous enjoint à consommer.

Pour Claire, la vraie gratitude vient en expérimentant pleinement la joie d’être en vie et la souffrance d’être en vie. Il n’y a pas de raccourci possible, on ne peut pas tricher.

Nous devons être plein de gratitude pour la complète solitude d’être vivant” nous dit-elle. Et en effet, cheminer doit se faire seul, ce qui n’empêche pas de vivre avec les autres. Au contraire. Mais les autres ne pourront pas faire le chemin à notre place. C’est ce que la pratique de la méditation nous enseigne.

Faire de la place

Notre existence entendue ainsi devient tellement plus riche ! Quelle soulagement d’entendre une telle parole. Nous n’avons plus besoin de trier comme des robots entre les choses agréables et désagréables, entre les les plaisirs et les douleurs, entre la confusion et la clarté. Nous pouvons tout rencontrer, et à mesure que nous élargissons notre champ de vision, nous élargissons le champ des possibles, et nous faisons de la place.

Nous créons de l’espace pour la vie qui est en nous.

Alors oui, ayons de la gratitude pour la confusion, pour la souffrance, pour le fait d’être en vie, pour la richesse qu’elle peut nous offrir en chaque instant ! Sentons nous responsable de ce travail que nous avons à mener pour être à la hauteur du présent qui nous a été fait lorsque nous sommes venus en ce monde !

 

Martin Monin

Paris

Retrouvez toutes les informations pour participer avec Martin au prochain stage de Pleine présence en cliquant ici !

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