Dans la nuit

Photo d'Henri Michaux, devant un papier peint étoilé
Lorsque l’on marche dans une forêt baignée dans l’obscurité tout devient plus mystérieux… On discerne moins ce qui se trouve autour de nous, les arbres, les troncs, les pierres, les plantes…. les contours du monde deviennent moins définis, perdent leur limite…
Dans la nuit, nous devons laisser venir ce qui vient, sans forcément savoir ce que cela va être…
En avançant, on découvre que ce qu’on pensait être une pierre est peut-être un buisson… surprise, étonnement, émerveillement…
Méditer, tout comme marcher en forêt la nuit, c’est apprendre à s’ouvrir à ce qui vient, sans savoir d’avance ce qui va apparaître, sans forcément pouvoir tout saisir d’emblée…
C’est peut-être inconfortable, mais c’est tellement magique, la Nuit…
En écho à cette expérience, voici un poème d’Henri Michaux qui s’ouvre pleinement à la nuit :

Dans la nuit

Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.

Mienne, belle, mienne.

Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fumes, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.

Henri Michaux, Plume, p.92-93, Poésie / Gallimard

Guillaume Vianin
Neuchâtel
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