Il y a une tache sur la fenêtre

Image d'une femme, de dos, regardant par une fenêtre ouverte

Je vous écris depuis Düdingen, une petit village au nord de Fribourg, en Suisse. En raison du confinement nécessaire, nous avons réorganisé notre appartement pour faciliter le télétravail : mon bureau est maintenant dans une petite pièce qui servait de chambre d’ami-e-s. Plus important, il est placé devant une fenêtre. Elle ouvre sur un champs, quelques maisons, un boisé, beaucoup de ciel. 

Je me suis assise pour pratiquer ce matin et j’ai été frappée par le fait que la situation actuelle me fait faire l’expérience de la bonté primordiale. Malgré moi, j’y goûte. D’une façon très réelle, vive et aussi étonnamment simple. 

Qu’est-ce que la bonté primordiale ?

J’ai remarqué avec les années de pratique que cette fameuse idée de bonté primordiale n’était pas toujours limpide pour moi. Sûrement, je me dis maintenant, parce que je cherchais ailleurs, m’en faisait une idée trop fantastique. Wow! La bonté primordiale! Ça doit venir avec de l’or et des paillettes cette affaire-là! 

Je trouve qu’il est difficile de mettre des mots sur cette expérience de bonté primordiale, mais du moins, non, ça ne vient pas avec de l’or et des paillettes. Ça vient dans la forme actuelle : tout semble vaciller, perdre pied, on est bouleversé, on vit dans l’incertitude; l’hécatombe mondiale comme certains disent. Mon travail est chamboulé. Je ne peux pas visiter ma famille. Tout est annulé. Pourtant je suis là. Pourtant nous sommes là. Le ciel brille par la fenêtre, de gros oiseaux le parcourent. L’herbe est éclatante depuis quelques jours. Le printemps renaît tranquillement. Dans les médias tout semble s’écrouler, mais par la fenêtre tout est là. Bien simplement. On est tous là face à ce monde qui parle par la fenêtre. On respire et ça tient – du moins quelque chose tient en effet. 

Un monde plus vaste

Ça me rappelle une méditation guidée d’amour bienveillant dans le coffret de Fabrice Midal. Une méditation guidée, qui m’a depuis longtemps marquée. Il dit : « Nous voyons une tache sur la fenêtre. Nous voyons la tache et nous laissons tomber notre irritation. Il y a une tache sur la fenêtre. Mais maintenant nous pouvons regarder le ciel qui est derrière. » En effet, on a la tête dans la confusion, ces temps-ci dans la confusion ambiante, dans la peur, dans l’inquiétude. On s’assied, on lève les yeux et on découvre un espace bon et paisible, plus vaste que toutes nos difficultés, là, par la fenêtre. Les oiseaux de proie volent, les feuilles des arbres frétilles, un rare marcheur passe. 

Comme nous dit Fabrice, c’est l’une des quatre expériences d’amour bienveillant que nous permet de faire la pratique de la méditation. On découvre la présence bienveillante de ce qui est. La présence bienveillante, chaleureuse, ouverte du monde; du monde qui vit autour de nous, qui nous enveloppe. Le contraste, en ces moments de crise, est frappant. Me frappe. Et il révèle cette expérience à qui se laisse la vivre. Assis sur un coussin de méditation ou assis sur une chaise devant la fenêtre, je vous souhaite une belle découverte et redécouverte de la présence bienveillante de ce qui est. 

Malgré tout, tout est là. 

Maude Ouellette-Dubé

Düdingen

1 commentaire
  1. Montané Estelle dit :

    Chère Maud,
    Merci pour tes mots. Je ressens très souvent cela aussi. Mon attention et ma présence à ce qui est sont aiguisées ces temps-ci. Et la nature, qui s’invite volontiers dans le centre ville délaissé par les voitures, nous y invite partout.
    Je t’embrasse,
    Estelle

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