Incertitude : mais que se passe-t-il ?

Photo de narcisses

Chacun traverse cette épidémie différemment, et pour chacun, quelle que soit sa situation, c’est une épreuve. Mon expérience des retraites de méditation me permet de ne pas être trop déroutée par le silence, par la suspension de mes activités habituelles, et me retrouver seule à la maison n’est pas vraiment un problème. Je me réjouis même de ce moment d’arrêt, j’imagine le temps que j’aurai pour faire toutes sortes de choses jusque-là mises de côté.

Mais quand je m’assieds pour méditer, toute cette belle assurance prend l’eau, et je découvre que ce n’est pas si simple. Une sensation pénible est là, bien dense, au milieu de ma poitrine. Une sorte de peur indéfinissable. Au premier abord, je me suis dit que c’était la peur de la maladie et de la mort. On m’a en effet gentiment rappelé que mon âge me place dans la catégorie des personnes à risque. Mais en regardant plus attentivement ce qui se passe, je sens que ce n’est pas tout à fait cela. C’est plutôt une sorte d’angoisse. Une angoisse devant l’inconnu, une angoisse devant l’incertitude liée à la soudaineté de tous ces changements.

Cette incertitude me donne une impression pénible d’irréalité, de rêve éveillé. Il fait beau, c’est le printemps, les fleurs fleurissent, l’herbe pousse, les arbres bourgeonnent, et plus que jamais j’entends les oiseaux. Les familles prennent l’air, et chaque jour ressemble à un dimanche, un dimanche sans fin. Le temps semble étrangement suspendu, en attente. Tout est comme avant, mais rien n’est comme avant. Je me lève, j’organise ma journée, je lui donne une forme, des contours, mais au fond ce n’est rien qu’une forme, rien que des contours. Ce n’est pas une question de sens qui manquerait, mais plutôt une absence de sol.

Un faux sentiment de sécurité

Et cette situation me fait comprendre que je ce que je prenais avant pour un sol n’était en fait qu’une sécurité bien relative. J’avais le nez au ras des pâquerettes, enfilant une action après l’autre, et je ne voyais pas clairement que mon sentiment de sécurité était tout aussi illusoire, fondé sur l’impression de tenir les choses en main.  Maintenant, je vois que rien n’est à prendre pour acquis et que tout peut basculer d’un côté ou de l’autre. Le tapis a été retiré. Finies les certitudes, le sentiment d’un monde résistant à toute épreuve, finis les lendemains assurés d’être dans la continuité des jours qui les ont précédés. 

Cette angoisse, je suis heureuse de la rencontrer quand je pratique. Elle m’arrime à la réalité, à la vérité de ce que je vis maintenant, et elle me rend plus tendre et plus humble. Mon cœur s’ouvre et je me sens reliée à tous les autres êtres humains traversant cette même épreuve. Même si elle n’est pas confortable, la pratique nous offre cet extraordinaire cadeau en ces temps d’incertitude et de douleur : elle nous donne un sol, elle nous rend plus tendres, plus humbles, et elle nous relie.

Bonne pratique !

Dominique Sauthier

Genève

4 commentaires
  1. Montané Estelle dit :

    Chère Dominique,
    Merci pour ce magnifique partage + la photo. J’adore aller dans les sous bois voir ces petites fleurs blanches éphémères chaque année à cette époque, cette année je risque de ne pas le voir alors merci de les amener chez moi avec ta photo.
    Je t’embrasse,
    Estelle

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  2. Duboc Christine dit :

    Merci Dominique pour cette juste tonalité, ce temps suspendu et cet avenir incertain.. alors que l’humain est à l’arrêt, les oiseaux préparent leur nid, les insectes butinent, Venus brille de mille feux le soir, et la lune n’en finit pas d’inonder nos jardins de sa clarté. Cette pause permet aussi de se relier à toute cette vie, partout !
    Amitiés

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    • Dominique dit :

      Oui, c’est extraordinaire de voir que malgré tout, la vie continue; on dirait qu’il faut une catastrophe pour lever, ou baisser le nez et découvrir le monde ! Essayons de garder cette belle ouverture de coeur pour regarder nos semblables…

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