Le narcissisme, une voie de guérison contre l’égocentrisme ?

Fresque de Pompéi montrant Narcisse assis sur un rocher, avec le reflet de son visage au pied du rocher et Écho se tenant à ses côté.

Trop d’ego, et pas assez de narcissisme !

Tel est le paradoxal constat que nous amène à faire le dernier livre de Fabrice Midal. Celui-ci pourfend depuis des années la tendance à la mise en avant de ce qu’il appelle, « le moi, moi-même et encore moi » ! Autant dire qu’il partage le constat d’un égocentrisme assez généralisé. Or, voici qu’il publie un livre intitulé : Sauvez votre peau ! Devenez narcissique ! Faut-il y voir une contradiction ou un changement de cap ? Pas du tout ! Au contraire, ce livre fait apparaître que l’égocentrisme est proportionnel à la difficulté à se rencontrer, dans un monde où domine l’uniformisation, et qui cultive un sentiment permanent de pauvreté et de culpabilité. Piégés par des images de nous-mêmes, des pressions de conformité, un idéal du moi vers lequel nous nous efforçons désespérément, pour nous sentir le droit d’exister, nous ne nous aimons pas. Ainsi, l’égocentrique qui veut occuper toute la place n’est pas trop narcissique, mais pas assez ! Sans lien avec son désir et son être propres, il s’épuise dans une vaine et fausse  affirmation ou confirmation de soi. Le vrai narcissique, en paix avec ce qu’il est, confiant en ses propres aptitudes, abandonnerait au contraire, tout égocentrisme !

La « haine de soi » des occidentaux

Ce paradoxal postulat n’est évidemment pas étranger au fait que le chemin de pensée de Fabrice Midal est éclairé par la lecture des grands textes du bouddhisme et par la méditation. On raconte que le Dalaï Lama fut un jour tellement étonné d’entendre des conférenciers pointer du doigt la « haine de soi » de certains occidentaux, qu’il se pencha vers son traducteur pour s’assurer qu’il avait bien compris les mots qui venaient d’être prononcés. Après confirmation, le Dalaï Lama demeura perplexe ! Car de fait, il semble que la mise en avant de l’ego qui perturbe souvent les relations humaines en Occident ne s’accompagne pas du tout de l’amour, du respect de soi, de la bienveillance envers soi qu’on pourrait imaginer. Il est vrai d’ailleurs que certains psychologues ont bien diagnostiqué le problème et parlent de « narcissiser » certains de leurs patients, ou des « failles narcissiques » de ces derniers. Il est clair que ce n’est pas pour en faire une bande d’égocentriques, mais pour qu’ils parviennent à vivre tout aussi bien en paix avec les autres qu’avec eux-mêmes.

Ces moments où nous avons été regardés avec tendresse

Reste à savoir comment parvenir à cette réconciliation avec nous-mêmes qui nous préserverait des embardées égocentriques. Parmi les diverses formes de méditation, celles dites « de pleine présence » apparaissent bien sûr comme une voie privilégiée, puisqu’elles nous proposent de nous accorder un rendez-vous avec nous-mêmes. Pourtant, dans le livre de Fabrice Midal, un épisode m’a particulièrement arrêtée : celui où il raconte qu’enfant, il avait l’habitude de faire des dessins qu’il jugeait de si peu d’importance qu’il n’était pas très surpris qu’ils soient mis régulièrement à la poubelle, lors de rangements domestiques. C’était pour lui une évidence que ses dessins n’avaient aucune valeur, jusqu’au jour où son grand-père les regarda avec intérêt ! Ainsi, le « soyons narcissique ! » du titre du livre, qui nous confronte à l’immédiate question : « Ah oui, mais comment ?! » peut nous inviter à cette paradoxale réponse : en nous appuyant sur le souvenir des moments, fussent-ils infimes, où nous avons été regardés avec tendresse, amour et bienveillance.

Une petite lumière…

Il est vrai que dans les pratiques de bienveillance, l’exercice se révèle souvent redoutable : « Imaginez, un moment où vous vous êtes sentis aimés !», demande la personne qui guide la pratique. Certains ont le sentiment que cela n’a jamais été le cas ! Pourtant, les pratiques de bienveillance nous font découvrir ou redécouvrir ces moments bénis où la bienveillance d’un ou d’une autre a éclairé un moment de notre existence. Certes, le monde est brutal, mais il l’est d’autant plus que nous n’avons pas appris à être attentifs à ce qui nous est accordé. Je me rappelle un jeudi où Marie-Laurence Cattoire nous avait invités à repenser à un moment où une personne nous avait, dans la journée, témoigné de la gentillesse. Dans mon esprit, tout d’abord, rien ! Pas le moindre souvenir de cet ordre. Et puis soudain, une petite lumière, qui renvoyait à un épisode récent ! Une collègue, qui me précédait d’une bonne distance en sortant du lycée, avait soudain fait demi tour pour venir m’embrasser et me souhaiter une belle soirée ! C’était à peine deux heures plus tôt, et j’y avais à peine fait attention.

Pour soigner l’égocentrisme, soyons narcissique ! Pour être narcissiques, apprenons à voir ce qui nous est donné !

 

Danielle Moyse

Chennevières

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