Le poids des choses, suite

Photo d'une armoire ouverte, bien remplie

Dans le billet intitulé Le poids des choses, j’évoquais la difficulté que représente pour moi le rapport aux objets, en particulier aux meubles hérités de ma famille. Le sort d’une armoire vaudoise appartenant à ma grand-mère est resté en suspens pendant longtemps. Dans un premier temps, je voulais m’en débarrasser, la trouvant trop pesante et monumentale. J’avais le sentiment qu’elle envahissait mon espace vital et ne laissait plus de place à mes propres choix.  Mais quelque chose résistait, j’ai décidé de ne rien décider, et de laisser apparaître ce qu’il y avait à faire.

Plusieurs personnes m’ont demandé ce qu’était devenue cette armoire. J’ai même senti chez certaines une forme d’inquiétude derrière la question, et peut-être que je vais les rassurer en leur annonçant que finalement, je l’ai gardée.

Un autre regard

Comment s’est prise cette décision ? Au fil des jours, de la pratique, j’ai commencé à la regarder autrement. Elle est progressivement redevenue ce qu’elle était, une simple armoire. Une grande armoire qui peut contenir plein de choses. En la considérant comme une simple armoire, je pouvais aussi me permettre de la déplacer dans un endroit où elle n’occuperait plus une place centrale. Le déménagement de l’armoire, par son poids et son volume, me semblait une tâche très ardue. J’ai découvert qu’elle avait été conçue en deux parties, assemblées par un ingénieux système de vis en bois. Le déménagement s’est fait avec une facilité déconcertante, et elle a pris place dans une autre pièce, beaucoup moins en vue. Du coup, je ne la perçois plus du tout de la même façon ; c’est comme si elle avait pris un dimension accessible et perdu ce qui me la rendait impressionnante.

Un lien entre présent et passé

La deuxième étape a été de l’adapter encore davantage à ce à quoi je la destinais : ranger le plus de choses possible. J’ai donc demandé à un ami de rajouter des rayons. Et puis j’ai commencé à remplir les rayons. De la vaisselle, les piles d’assiettes, plates, creuses, à dessert,  les compotiers, les plats de service, le saladier, la soupière, les coupes à dessert,  les verres à vin, à alcool,  les coupes à champagne, les verres à eau, les couverts dans le tiroir, les nappes, les sets de table, les serviettes en papier, les torchons de cuisine, les vases à fleur, les alcools,  les réserves d’épicerie, thé, café, les boîtes de conserve, tomates, cornichons, thon, anchois, les pâtes, le riz, les céréales, les lentilles, les huiles, les confitures, le miel, les biscottes, les compotes… Et il reste encore un peu de place. Au lieu de m’écraser du poids de tout ce qu’elle représentait, l’armoire vaudoise est maintenant devenue une amie qui me facilite la vie, comme à un moment donné elle a facilité celle de ma grand-mère.  Et je souris en me souvenant de mon étonnement émerveillé quand ma grand-mère ouvrait l’armoire et que j’y découvrais tous ses vêtements bien repassés et bien pliés qui sentaient bon le bois de cèdre. L’armoire a repris vie dans mon présent, et a ressuscité un instant du passé. Les deux se tiennent la main.

Dominique Sauthier

Genève

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