Rebellinnen

Montage photo des portraits de Rosa Luxembourg, de Hanna Arendt et de Simone Weil

De récentes retrouvailles avec une amie me permirent un constat intéressant. Nous nous étions rencontrées car nos maris étaient des amis très proches et, lorsque cette amitié née et sauvegardée dans un cadre familial, fut bouleversée par un divorce, nous nous perdîmes de vue. Il y a quinze jours, presque trente ans plus tard, nous nous sommes vus à nouveau, elle, son mari et moi-même. Nous nous sommes rendus compte que l’amitié était intacte et que le plaisir d’être ensemble était toujours aussi vif. Pleins d’aspects sont restés pareils, l’intonation de la voix, la manière de se mouvoir, l’éclat du regard, des manières de parler, des expressions propres à chacun.

Méditer, c’est apprendre à aimer sa vie

Avec mon amie, la femme du couple, nous avons eu l’occasion de nous raconter un peu nos vies qui se sont développées de façon très différente. En quelque sorte nous nous sommes tendu un miroir et à cette occasion j’ai pu me rendre compte de façon tout à fait inattendue ce que dix ans de pratique assidue ont ouvert en moi. Je suis persuadée qu’il y a dix ou quinze ans j’aurais été mal à l’aise face au brio de sa vie –  mon amie fait une brillante carrière en tant que grand reporter pour un journal des plus prestigieux; elle est aussi l’auteur de plusieurs livres – je me serais sentie moindre, pauvre, pas à la hauteur. Or, aujourd’hui il n’en est rien. Je reconnais combien ma vie est dense et intense et combien j’ai appris à l’aimer. J’ai constaté aussi que je me réjouissais véritablement des succès de mon amie. Ne serait-ce, entre autres, un des effets bénéfiques des pratiques de bienveillance aimante ? Puis nous avons parlé de nos enfances, des conditions de vie plus ou moins favorables, de nos mères  et grand-mères. Ces conditions étaient à nouveau très différentes pour chacune d’entre nous.

Une source intarissable

Je pense à un livre lu récemment, Rebellinnen, un essai réunissant Rosa Luxemburg, Hannah Arendt et Simone Weil. Ces trois femmes étaient issues de familles juives assimilées pour lesquelles la Bildung, la culture au sens de formation, était le bien le plus élevé. Elles étaient filles chéries de parents qui les respectaient et qui voulaient leur avenir brillant. Elles devaient suivre leurs inclinaisons et talents et choisir leurs métiers à l’égale de leurs frères. Les trois familles appréciaient l’intelligence et l’autonomie de leurs filles et leur accordaient un soutien infaillible malgré la divergence de leurs décisions politiques. Ces trois femmes hors du commun dont les liens aux parents se sont pourtant distendus très tôt, surtout dans le cas de Rosa Luxemburg, ont pu puiser à cette source intarissable de l’estime reçue dans l’enfance et la jeunesse. Nourries de tellement d’amour elles ont littéralement pu se jeter dans leur vie.

Souvent, ce qui nous amène à la méditation, c’est un manque. Le manque du socle de l’amour, de la source inépuisable qui permet justement de tenir, qui donne la force et le courage. Mes manques avaient été importants ; les retrouvailles avec mon amie m’ont permis de mesurer le chemin parcouru mais c’est une sensation très intime, très personnelle, pas spectaculaire du tout. La réponse que Fabrice Midal a donnée à une participante de la première session du cours zoom  Méditer pour entrer en amitié avec soi soulignait justement que méditer, c’était devenir le parent de l’enfant que nous étions et restons

Elisabeth Larivière

Paris

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