…Et le monde est là.

Photo d'un groupe d'arbres

En ce temps d’arrêt dans nos existences, quelque chose se montre, quelque chose se donne à nouveau : c’est le temps, le temps retrouvé. Certes, il faut travailler à distance, donner une attention soutenue aux enfants, les tâches ménagères ne disparaissent pas, mais quelque chose d’une détente du temps se donne, qui n’est plus aussi drastiquement tenu pas des impératifs d’horaires.
La pratique de la méditation tient pour moi une place centrale, plus que jamais vitale.
Parce que je suis soignante, et aussi mère de famille, et aussi épouse, monte en moi un choc. Le choc de l’appel à continuer ma mission de prendre soin, qui se heurte à la nécessité de préserver ma famille. Ce choc m’emmure dans l’angoisse. Brûlures de glace dans lequel tout mon corps est pris. Nuit sans sommeil, contractures du corps, écartèlement mental.

Méditer, et voir à neuf

Pratique. Retrouver le souffle. J’éprouve la brûlure de glace. Mais ça respire. C’est long, c’est tenace, le cœur est serré à se rompre.
Mais ça respire.
C’est figé, c’est dur, c’est lourd, c’est étouffant. Mais ça respire.
Et puis d’un coup, je commence aussi à voir. Voir ce que mes yeux, pourtant ouverts, ne voyaient pas, occultés derrière le rideau de l’angoisse.

Oh surprise! Le monde est là. Il se montre à moi. Il n’était pas mort! C’est moi qui étais aveuglée. Je vois au loin les arbres, ils vivent. Ils dansent dans le vent et le soleil de printemps. Quelque chose en moi se desserre. La douleur et l’angoisse sont toujours là, mais elles ne me tiennent plus aussi prisonnière, impuissante.
J’habite une douleur, comme dirait René Char; celle du risque, qui ne pourra être réduite au silence. Je peux à présent la formuler et cela me remet dans une communauté d’humanité avec mes proches. C’est un soulagement.

Prendre soin

Tous ont peur, pour eux et pour leurs familles, mais nous sommes, non pas en « guerre », mais en « care » : nous sommes concernés, attentifs aux besoins de ceux qui vont peut être mourir et de ceux qui vont perdre, dans ces circonstances dramatiques, leurs proches.
Comment se situer là, dans cet espace, en prenant soin de la vie, de notre commune humanité, qui a besoin, plus que jamais, qu’il y « ait monde »?

Parce qu’elle me permet de retrouver le souffle, la tendresse du cœur et quelques idées claires en ces temps troublés, plus que jamais, la pratique de la méditation me montre un chemin, et cela n’en finira jamais de m’étonner!

Anne-Céline Milanov

Strasbourg

3 commentaires
  1. Champenois dit :

    Chère Anne-Céline,
    Henri Michaux dit dans Poteaux d’angle “Faute de soleil, sache mûrir dans la glace”.
    C’est bien ce que tu nous montres à partir de l’expérience de la pratique.
    Merci
    je t’embrasse
    Catherine

    Répondre
  2. Letessier Morgan dit :

    Bonjour Anne-Céline,

    C’est un tel plaisir de lire tes mots. Ils me replongent dans l’extrême délicatesse de tes enseignements, entendus lors du stage 1 de février, alors que la tempête faisait plier les arbres, dehors. Cette capacité à faire contraster les éléments du réel opère des changements profonds…

    Répondre

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