L’éducation bienveillante, une des plus hautes pratiques spirituelles

Enfant remplissant un pichet à eau à une fontaine, noir et blanc

Quand on est engagé sur le chemin de la méditation, il arrive parfois que l’on rêve de réalisation spirituelle. On aimerait accéder à des pratiques avancées, recevoir des initiations élevées… Le jour où notre société reconnaîtra qu’élever un enfant, le côtoyer, l’éduquer offre une des plus belles pratiques spirituelles qui soit, tout le monde voudra s’y mettre !

Une aventure au cœur de la vie

On peut s’imaginer en train de méditer toute la journée. On peut imaginer partir en retraite solitaire à l’autre bout du monde ou dans une cabane au fond des bois. On peut rêver d’avoir le temps de méditer encore et encore… Et on peut aussi s’occuper d’un enfant ! Et découvrir à quel point cela est confrontant, aventureux, inédit, toujours à refaire. Nous découvrons à quel point être auprès d’un enfant nous plonge au cœur de la vie la plus étonnante et la plus déstabilisante. Ce n’est pas confortable et c’est profondément nourrissant. Comme la pratique !

La méditation tente de nous faire toucher la vulnérabilité et l’impermanence. L’enfant nous les fait ressentir. 

La méditation nous aide à reconnaître notre force et notre beauté. L’enfant nous les fait ressentir. 

La méditation essaie de nous dire : « écoute, pose-toi, reprend ton souffle, goûte l’instant dans toute son ampleur ». L’enfant nous y invite encore et encore, très concrètement. 

Nombre de traditions spirituelles disent que l’enfant est un maître. Cela ne veut nullement dire que l’enfant est roi, en tout cas pas au sens où on l’entend généralement. L’enfant est notre maître en ce sens que chaque moment passé en sa compagnie peut devenir un enseignement de vie… à condition d’avoir les oreilles, les yeux et le cœur ouverts.

Un cercle vertueux

L’écoute fine et attentive que nous apprenons à développer dans la méditation est la base d’une éducation bienveillante. Ainsi méditation et éducation forment un cercle vertueux

On m’a souvent demandé « Comment fais-tu pour trouver le temps de méditer avec trois enfants ? » j’avais envie de répondre « comment ferais-je sans la méditation pour élever trois enfants ? ». Avoir des enfants m’a amenée à la méditation mais la méditation m’a dirigée vers mes enfants. 

M’occuper des enfants m’a aidé à ancrer ma méditation dans le réel. Grâce à eux, ma pratique est devenue concrète et non plus fantasmée. On parle souvent de méditation en action : la voici. C’est pour cela que je dis que c’est une des plus belles pratiques qui soit. Accompagner un enfant n’est pas un truc en plus à faire dans la journée, c’est le cœur de la méditation. D’ailleurs si vous n’avez pas d’enfant, proposez à un voisin, un parent ou une amie de l’aider en faisant du baby sitting ! Garder un enfant vous en apprendra long sur votre pratique de la méditation.

Quand elle est devenue mère, l’enseignante de méditation Christina Feldman a réalisé que « Tout ce qui est important dans la pratique – la patience, le pardon, la compassion, la ténacité et l’équanimité – l’est aussi dans le rôle de parent. Les enfants, dit-elle, offrent l’opportunité de nourrir et de faire grandir de manière directe ces qualités […] C’est de vivre avec cette fraîcheur et cette ouverture qui font de la parentalité une expérience méditative plutôt qu’un devoir[1]»

Une pratique invisibilisée

L’éducation, qu’elle soit parentale, scolaire, est le véritable pilier d’une société équilibrée. Et pourtant c’est une pratique déconsidérée voire invisible. Élever ses enfants n’est toujours pas valorisé comme un métier. Pourtant, être « mère au foyer » est sans aucun doute une des tâches le plus ardues à accomplir. Quant à la profession d’enseignant.e, elle reste dans l’opinion publique synonyme de fonctionnariat et de nombreux congés. Alors que tant d’entre nous peuvent témoigner avoir été sauvé.e par un professeur bienveillant, à l’écoute, attentif…

Il est plus que temps de remercier toutes celles et ceux qui prennent soin des enfants. Leur courage, leur patience, leur qualité d’écoute forgent en ce moment même les adultes de demain.

Des relations pérennes et solides

J’ai eu l’immense plaisir d’enseigner un cours en visioconférence sur le thème de L’éducation bienveillante avec Anne-Céline Milanov au mois d’avril 2021. Je remercie L’École de méditation et tout particulièrement Fabrice Midal d’avoir rendu possible ce cours. Ce thème me tient tout particulièrement à cœur tant je constate chaque jour la difficulté non reconnue des parents et des éducateurs. J’espère pouvoir enseigner à nouveau d’ici quelques mois pour prolonger ce travail d’exploration. Je voudrais montrer notamment que l’éducation bienveillante n’a rien à voir avec le laxisme ou la fausse gentillesse. Elle est une disposition d’écoute qui laisse place à une autorité naturelle, à une justesse d’action qui peuvent rendre pérennes et solides les relations adultes-enfants.

Marie-Laurence Cattoire

Paris


[1] Martine Batchelor, Rencontre avec des femmes remarquables, Sully 2002

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