Ce que l’on appelle pensée (et comment le corps répond à cet appel)

Photographie d'une table au soleil, sur laquelle sont posés un morceau de baguette et un panier rempli de noix avec un casse-noix.

Ça a été dit un jour comme ça par Fabrice Midal au détour d’une instruction de méditation. Une de ces petites phrases qui vous restent au creux de l’oreille et prennent leur temps pour faire leur chemin. Peut-être à cause de leur simplicité :

Ce que l’on appelle pensée dans la méditation : quand on n’est plus corporellement présent.

 

Dialogue

J’écoute et j’entends : tout ce qui se manifeste sans avoir une quelconque résonance dans le corps relève du mental – d’une cérébralité désincarnée.

Ce qui se dit aussi : tout ce qui se manifeste en lien avec le corps s’inscrit dans l’espace de la présence.

C’est assez vertigineux quand on y pense (quand on y pense sans se désincarner… ).

Je suis ici, à mon bureau, tâchant de transcrire ce que la phrase de Fabrice m’évoque – dans la constante circulation à double-sens instaurée entre mon corps et mon esprit :

D’une part, la façon dont je me tiens assis conditionne en partie l’élaboration de ma pensée (cela c’est l’expérience de la méditation qui me l’a appris).

D’autre part, cette pensée, en se déroulant, influe sur mon corps (je sens bien comme je me crispe et me perche sur le fauteuil quand mon entendement résiste).

Et en retour bien entendu, le corps exerce une poussée sur la pensée. Il y a mutuelle influence – flux – fluide – influx magnétique dirait Baudelaire – il y a dialogue.

L’unité première du corps-esprit

Attentif, de la crispation du corps-esprit je reviens à la posture (cela aussi c’est la méditation qui me l’a appris) et la posture, en me rendant à la droiture, permet à neuf l’écoute de la phrase :

Ce que l’on appelle pensée dans la méditation : quand on n’est plus corporellement présent.

 

L’espace de la pièce a réapparu. La profondeur de la lumière, ses ors rouges sur les bois de la cloison et de la table. L’air entrant par la fenêtre ouverte, déposant de timides pépiements d’oiseaux en cette fin d’averse. La plante de mes pieds sur le parquet. Le matin.

Et je sens que le puits de la phrase de Fabrice pourrait se creuser à présent en direction de l’émotion, cette pensée plus colorée, à l’empreinte corporelle si prépondérante.

Ou bien vers la non-pensée chère au Zen, qui d’une certaine façon évoque en négatif l’unité première du corps-esprit : la non-pensée est une parole de l’être entier – adressée à l’entièreté de l’être, auquel nous accédons dès que le mental est coupé (le mental – et non pas la pensée).

Ou, bien sûr, vers la première pensée de Chögyam Trungpa – qui, en dehors de toute notion de temporalité, émerge d’une juste disponibilité à l’instant – libérant la spontanéité du geste poétique, artistique, symbolique…

Ou encore, de fil en aiguille, vers cette extraordinaire fusée tirée par Rimbaud – qui rassemble peut-être tout ce qui précède en incarnant génialement la la plasticité, la corporalité, la matérialité de la parole poétique :

Cette langue est de l’âme pour l’âme, résumant tout – parfums, sons, couleurs – de la pensée accrochant de la pensée et tirant.
Comment pour un poète (et poète nous le sommes tous en méditation), à travers la justesse des perceptions, la pensée a la texture et la saveur du pain.

 Une petite phrase

Une simple petite phrase au détour d’une méditation guidée… Une phrase habitée – formée et formulée dans la plénitude d’un espace qui ne laisse rien de côté.

Espace donné au corps, habit endossé par l’esprit… Une petite phrase sans fin, à fleur d’oreille….

A votre tour de l’écouter…

 

Yves Dallavalle

Chapendu

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