Méditation et science : l’expérience du sursaut

Couverture du livre Cerveau et méditation de Mathieu Ricard et Wolf Singer

Un dialogue entre méditation et neurosciences

Dans le livre Cerveau et méditation. Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences Mathieu Ricard et Wolf Singer tentent de faire des liens entre la méditation et les neurosciences. C’est un livre que j’ai trouvé assez accessible. Les auteurs ont me semble-t-il réussi à confronter leurs points de vue dans un dialogue enrichissant et sans position dogmatique de part et d’autre.

Face à la détonation

Un des multiples sujets abordés est l’expérience du sursaut. Elle consiste à soumettre des personnes, habituées à pratiquer la méditation ou pas, à une stimulation extérieure très intense et soudaine comme une forte détonation. On observe dans ces conditions que la plupart des gens ne peuvent contrôler leurs réactions ; les muscles de leur visage se contractent et ils ne peuvent s’empêcher de faire des mouvements brusques. En un mot ils sursautent. En revanche, pour les personnes qui pratiquent la méditation depuis de nombreuses années et qui sont dans un état de présence ouverte au moment de la détonation, le sursaut disparaît presque complètement.
Cela illustre pour moi le fait que la méditation permet de développer une attention tellement précise à ce qui se passe dans notre esprit que nous pouvons voir se dérouler certains événements très rapides comme une détonation sans que cela provoque un sursaut.

Atchoum !

A une plus modeste échelle, un exemple qui m’est familier est l’éternuement. Dans la vie quotidienne c’est quelque chose qui s’empare de moi soudainement et que je ne contrôle pas. Je parviens parfois à éternuer sans faire de bruit dans certaines situations où rompre le silence serait gênant, mais je ne peux empêcher cette soudaine petite explosion qui vient comme soulager ce léger et presque insupportable petit chatouillement interne.
En revanche mon expérience est très différente lorsque je pratique la méditation. Dès que je vois poindre le léger chatouillement annonciateur de la petite explosion, je porte attention à l’expérience, je regarde ce que j’imagine être des petits canaux de mes voies respiratoires qui se gonflent autour du nez. Je laisse complètement le processus se déployer sans chercher à le retenir, en étant attentif à tous ces micro-changements qui s’opèrent dans mes voies nasales. Il y a une sensation de soulagement à ne pas chercher à me retenir mais un soulagement très différent de celui qui se produit habituellement lors d’un éternuement. Au bout de quelques secondes les petits gonflements, après s’être propagés selon leur bon vouloir, semblent se dissoudre. Tout se passe en silence, sans sursaut, comme au ralenti. Ce n’est au bout du compte pas du tout une expérience forcée. Au contraire c’est un événement qui vient comme intensifier ma présence. J’étais peut-être perdu dans mes pensées et l’envie d’éternuer m’a ramené au présent. C’est même un moment souvent plutôt agréable. Ainsi, à moins d’être fortement enrhumé, je n’éternue presque jamais quand je pratique la méditation car les conditions sont réunies pour que je puisse faire pleinement l’expérience de ce qui se passe, au contraire de la vie quotidienne où tout va trop vite, où les détails sont comme zappés.

Petite astuce…

Cela me fait penser à une autre expérience un peu similaire que mes enfants vivaient quand ils étaient petits. Ils avaient de temps en temps le hoquet, et j’avais pensé, fort de mon expérience méditative, que peut-être le fait de porter attention à leur respiration les aiderait à faire passer ce moment qui finissait à la longue par être un peu désagréable pour eux. Je leur avais suggéré une fois ou l’autre d’être attentifs à leur souffle quand ils avaient le hoquet ; par exemple je leur avais dit de boire un verre d’eau imaginaire en goûtant chaque gorgée d’air comme si c’était de l’eau. J’avais eu quelques succès, le hoquet disparaissant après avoir goûté avec attention quelques gorgées. Je n’oserais pourtant pas affirmer que cette expérience fut parfaitement scientifique, l’échantillon de population (mes deux enfants) étant par trop limité, la reproductibilité du succès plutôt faible (environ 50%) et le nombre d’événements réduit (quatre ou cinq tentatives). Malgré tout je reste convaincu qu’il y avait quelque chose de similaire à la situation d’éternuement.

 

Voir la splendeur de ce qui surgit

Ces exemples pourraient sembler anecdotiques mais ils illustrent pour moi le fait que la méditation permet de goûter pleinement notre expérience alors que dans la vie de tous les jours nous sommes incapables de voir les détails de ce qui se passe dans notre esprit. Il en va de même par exemple avec nos émotions qu’avec les sensations physiques. Nous avons la possibilité de ne plus nous laisser emporter par elles comme des tsunamis mais de les voir dans toute leur splendeur, avec leurs multiples tonalités, leurs différentes déclinaisons et d’apprécier toutes leurs richesses.

 

Xavier Ripoche

Paris

1 commentaire
  1. Jean-Marc dit :

    Cela me rappelle l’explosion d’une lampe qui s’est produite pendant une méditation au cours du stage de pleine présence cet été. Certains ont sursauté et poussé quelques cris, d’autres sont restés presqu’impassibles.

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