Suivre le mouvement de l’automne

Reproduction de L'automne, tableau de Nicolas Poussin

L’automne est le moment de l’abandon. Peu à peu les feuillages se dérobent, le soleil se fait plus rare, les jours s’engourdissent. Peu à peu la nature rentre en elle-même. Les activités du printemps et de l’été s’estompent. Puis s’arrêtent. Nous pouvons sentir nous-même comme nous sommes un peu plus las, comme nous sommes appelés à ralentir notre rythme. Bien sûr nous essayons de lutter contre ça. Notre monde accepte mal cette baisse de régime. Mais au fond notre résistance est vaine. Il y a bien quelque chose en nous qui, à l’imitation de ce qui a lieu autour de nous, s’éteint petit à petit. Tout se prépare à l’accalmie hivernale.

Mais conjointement à ce mouvement d’abandon, l’automne offre aussi d’incroyables cadeaux. Toute la nature s’est habillée d’or. Les arbres donnent leur plus beaux fruits, qui tombent généreusement au sol, remplis de soleil. Tout se donne entièrement dans l’automne. Rien n’est gardé en réserve. Ce mouvement dans lequel la nature donne, ne garde rien pour elle, pas même sa propre substance, jusqu’à s’épuiser complètement est absolument magnifique. Les choses se sont ouvertes, les choses se sont épanouies, les choses ont accumulé de la richesse, puis elles se sont données, entièrement, avant de se retirer silencieusement. C’est tellement émouvant. C’est le mouvement même du vivant.

Ce qui se passe dans la pratique de la méditation est à l’image de cette manière dont le don et l’abandon animent ensemble l’automne d’un seul et même mouvement. Quelque chose s’abandonne dans la pratique. Le seul fait de prendre un moment pour s’asseoir et ne rien faire implique un abandon. Nous abandonnons ces quelques instants que nous aurions pu consacrer à autre chose. Nous abandonnons nos activités – ou notre agitation. Nous abandonnons le divertissement. Puis, une fois assis, nous abandonnons nos mouvements, nos paroles et jusqu’à nos pensées et nos émotions. Les choses surviennent, mais nous ne nous y attardons pas, nous les laissons passer. Nous abandonnons l’idée d’être ailleurs que là où nous sommes, d’être autre chose que ce que nous sommes, de vivre autre chose que ce qui se présente à nous ici et maintenant, moment après moment. Nous nous abandonnons à chaque instant. Et à mesure que cet abandon a lieu – un peu malgré nous qui résistons toujours – quelque chose du mouvement fondamental de la vie se donne. Dans notre souffle, dans la palpitation de l’air qui nous entoure, quelque chose de tout à fait simple et silencieux mais de si plein et de si généreux se montre doucement.

J’aime profondément l’automne, car à chaque instant il me ramène à cet espace doux et généreux de l’abandon que je découvre au fil des pratiques et qui me réchauffe profondément le cœur.

Benjamin Couchot
Paris
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