Aimer la vie

Photo portrait noir et blanc de Virginia Woolf de profil
En ce moment, je relis Mrs Dalloway, étonnant roman de Virginia Woolf, écrit avec subtilité et justesse, entre deux guerres, par une femme exceptionnelle de sensibilité.
De nombreux passages me rappellent la pratique méditative et son souci de développer attention et bienveillance ; l’auteur décrit la qualité de silence, quasi solennel qu’elle ressent parfois, un indéfinissable suspens juste avant le son d’une cloche, ou encore l’indéfectible amour pour la vie qu’ont naturellement tous les êtres humains :
“Dieu seul sait pourquoi on l’aime tant, pourquoi on la voit ainsi, pourquoi on la crée, on la construit tout autour de soi, on la renverse et on la réinvente à chaque instant ; et pourtant, les vieilles les plus mal fagotées, les miséreux les plus abattus, assis au seuil des portes (déchus par la boisson) font de même ; pas une loi, elle en était sûre, n’aurait prise sur eux pour cette même raison : ils aiment la vie. dans les yeux des gens, dans les pas alertes, lourds, fourbus ; dans les cris et le tumulte ; les attelages, les voitures, les omnibus, les camions, les hommes sandwiches au lent dandinement ; les orchestres de rue ; les orgues de barbarie ; dans le triomphe et le cliquetis et dans le chant étrange d’un avion haut dans le ciel, au-dessus de nos têtes, était ce qu’elle aimait : la vie ; Londres, ce moment de juin.”
Plusieurs choses me touchent dans cet extrait :
la description du mouvement de l’esprit, capable de réinventer la vie à chaque instant…
Le fait que nous ne puissions jamais préjuger de la force vitale de chacun, quelle que soit sa situation…
Et puis cette vie, pleine, sauvage, ni calme ni “zen” mais complètement vibrante, qui habite les bruits, les mouvements, l’espace de ce moment de juin, à Londres, en 1923.
La méditation m’aide à réinventer ma vie à chaque instant, me donne la possibilité de la revoir à neuf, autant que de l’apprécier dans son tumulte, son chaos, sa vitesse assourdissante qui contient pourtant toujours silence et triomphe.
Marie-Laurence Cattoire
Paris
2 commentaires
  1. celine hassen dit :

    C'est d'autant plus joli que Virginia Woolf avait des phases de difficultés psychiques très lourdes, et quand passaient ses crises elle arrivait a "aimer la vie". Belle leçon d'espoir
    "La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré et pour être désespéré il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde" Blaise Cendrars

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