Et si la méditation pouvait faire renverser un gouvernement ?

Tableau de Kasimir Malevitch intitulé Tête de paysan.

Les élections législatives autrichiennes ont eu lieu le 29 septembre 2019, avec trois ans d’avance, car le gouvernement a été renversé au mois de mai dernier.

La publication simultanée de “l’affaire Ibiza” dans le Süddeutsche Zeitung, SZ,  un des trois plus grands quotidiens allemands et Der Spiegel, le magazine hebdomadaire le plus lu, a fait voler en éclat la coalition de la droite et de l’extrême droite.

Que s’est-il passé  ?

En été 2018, deux journalistes d’investigation du SZ, Bastian Obermayer et Frederik Obermaier, ont été contactés pour visionner l’extrait d’une vidéo tournée en caméra cachée en été 2017, à Ibiza.  C’est une vidéo “piège” tendu au patron du parti d’extrême droite (FPÖ, Freiheitliche Partei Österreichs), M. Strache. Ce dernier, à la tête du parti depuis quatorze ans est aussi le vice-chancelier de la République dont Sebastian Kurz (ÖVP, Österreichische Volkspartei), âgé de 32 ans, est le chancelier.

Dans la vidéo on entend M. Strache dire, entre autres, être prêt à offrir d’importants marchés publics à la nièce d’un oligarque russe en échange d’un soutien financier. Pour les deux journalistes, c’est le début d’un travail intense de recherche, de vérification de la source. Ils exigent de voir la vidéo complète – six heures – et quand ils apprennent que leur source est également entrée en contact avec l’hebdomadaire der Spiegel, ils proposent immédiatement une communauté de recherche. Un an de travail périlleux ponctué d’espoirs et de déceptions, un travail exigeant, une patience extrême et une attention aiguë quant au moment propice pour révéler le contenu. Le 17 mai des extraits de la vidéo sont publiés.

Le contenu est tellement compromettant que le chef du FPÖ, tout en dénonçant un procédé “perfide” et en se défendant d’avoir commis la moindre infraction, présente immédiatement sa démission. Et avec lui ses ministres de l’intérieur, de la défense, de l’infrastructure et des affaires sociales  – le parti d’extrême droite est ébranlé. Dix jours après le scandale, c’est le chancelier, M. Kurz, qui a été renversé par une motion de censure voté par les parlementaires des partis d’opposition. Le président fédéral, M. Van der Bellen, le destitue de ses fonctions. Depuis et jusqu’au vote du nouveau parlement, un gouvernement provisoire dirige le pays. 

Ces mêmes journalistes sont à l’origine des panama papers, la fuite de 11 millions de documents issus d’un cabinet panaméen spécialisé dans la création de sociétés offshore (voir Le Secret le mieux gardé du monde, paru en 2016). C’est à eux qu’un mail avait été envoyé par une source anonyme. Pendant un an et dans le secret le plus total, les deux collègues ont travaillé, dans l’ombre, avec le consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Le travail de journalisme collaboratif a pris une ampleur inouïe : quatre cents reporters de plus de quatre-vingt pays ont collaboré  pour analyser des informations explosives concernant des affaires d’évasion fiscale, de comptes occultes, de sociétés écran.

Étant depuis longtemps mal disposée à l’égard de M. Strache, j’avoue que cette histoire m’a fait très plaisir.

Quel est le lien avec la méditation ?

Au fur à mesure des années de pratique, je me rends compte que la dimension politique de la méditation devient de plus en plus important pour moi. L’élargissement de la conscience qu’opère la pratique, le fait de se décoller de ses seules préoccupations personnelles, d’apprendre à mieux voir et à mieux écouter, à écouter globalement et avec son cœur, à être présent plus amplement et plus intensément à tout ce qui est, font partie des fruits de l’entraînement au long cours. 

Puis il y a le fait de la communauté. L’École occidentale de méditation est un lieu pour moi où il est possible d’œuvrer, de collaborer, d’étudier et de réfléchir en commun. Cette expérience s’intensifie chaque fois que j’assiste à un évènement, soit à un séminaire ou à un stage, que ce soit en tant qu’intervenante, bénévole ou participante. Je retrouve chaque fois l’élan de la vie en commun riche de tant de différences que constituent nos individualités.

Je ne peux pas ne pas faire de lien avec le travail des deux journalistes que je trouve admirable et exemplaire et dont les étapes clefs me semblent être les suivantes : 

  • Écoute fine, prise au sérieux et confiance à la source,
  • Retenue, accepter de travailler dans l’ombre,
  • Partage des informations,
  • Collaboration,
  • Vision (par exemple les inégalités que les fuites de capitaux suscitent),
  • Travail sérieux et approfondi,
  • Patience,
  • Attention au moment propice.

Je suis profondément convaincue que méditer peut contribuer à renverser un gouvernement.


Elisabeth Larivière  

Paris

1 commentaire
  1. Gerard FARALLI dit :

    Merci Elisabeth…
    Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle…
    C’est peut-être pour ça que je reste abonné à Mediapart aussi…
    Je t embrasse et te dis à bientôt
    Gérard

    Répondre

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