Méditer, rafraîchir son regard sur le monde

Photographie d'un écureuil au milieu d'une frondaison

Un dimanche à la campagne

Il y a quelques semaines j’étais en week-end à la campagne avec mon époux. Un de ses plaisirs est d’aller nous acheter de la brioche fraîche le dimanche matin. La boulangerie est à 200 mètres de la maison. Je me lève quelques minutes après lui, pour préparer un café bien chaud.

 

 

Puis je me dis que je vais l’attendre sur le pas de la porte. L’idée de l’attendre et de prendre un peu l’air me plaît.

L’ennui

Mais une fois dehors je regrette presque : il fait froid, je suis encore en pyjama, et j’ai beau regarder le portail, mon mari n’apparaît pas. J’aurais mieux fait de rester bien au chaud au lieu de me retrouver là à m’ennuyer… J’aurais pu écouter de la musique, boire une première tasse de café…

Je réalise alors mon impatience et décide au contraire d’attendre un peu plus, un peu mieux. D’attendre « pour de bon ». Pour cela je me détends un peu physiquement, j’essaie de sentir mon corps, j’essaie d’être là où je suis, pas ailleurs, ni enfermée dans ma tête.

Mais mon mari n’arrive toujours pas. La jolie petite histoire que je m’étais imaginée, la douce épouse qui attend son bien-aimé sur le seuil pour l’embrasser, traîne en longueur… J’entends des bruits divers, qui constituent un arrière-plan flou à la cascade de mes pensées et de mes histoires.

Je m’ennuie, j’ai froid.

Abandonner tout projet

Mais ce n’est pas désagréable au fond. Cette fraîcheur me réveille gentiment. Cette attente commence à prendre sa juste place. C’est-à-dire qu’elle commence à se transformer peu à peu… en ouverture.

De l’attente à l’ouverture, voilà précisément ce que nous travaillons en méditant. Une attente sans projet qui peut devenir ouverture à ce qui peut se produire, un accueil libéré des plans, des scénarios. Une attente sans ultimatum. Une ouverture au moment tel qu’il est, au présent qui arrive à chaque seconde.

L’effraction

Photographie d'un écureuil sur un tronc d'arbreSoudain un des bruits de fond se détache des autres et attire mon attention. Comme des petits coups rythmés et inhabituels. Je tourne la tête vers ma gauche et découvre un écureuil qui bondit de branche en branche, de tronc en tronc. Il est entièrement dans mon champ de vision.

Je ne bouge plus d’un millimètre, tendue vers cette découverte inattendue. Les mouvements de l’écureuil sont incroyables de dynamisme et de force. L’animal est rapide, agile mais ses mouvements sont très saccadés. Son beau panache n’est ni souple ni gracieux comme on pourrait l’imaginer après avoir vu les dessins animés de Walt Disney. Il ressemble plutôt à un mât de bateau qui permet à l’écureuil de garder le cap et surtout l’équilibre au travers des nombreux bonds acrobatiques qu’il accomplit.

Il est à contre-jour et je me demande s’il s’agit d’un écureuil gris comme on en voit dans les parcs ou d’un écureuil roux. Les gris sont porteurs d’un virus mortel pour les roux dit-on…

À ce moment-là l’écureuil passe de l’autre côté du grand tilleul et le soleil vient illuminer son pelage. C’est un roux ! Un bel écureuil roux ! Je suis émerveillée. Pleinement heureuse. Mon cœur bat à tout rompre. J’ai l’impression que la vie me fait un cadeau, que le monde m’aime.

Apprendre à attendre

Voilà exactement le petit chemin que nous empruntons à chaque session de méditation : même si nous sommes pleins d’allant pour aller méditer, une fois sur notre coussin ou notre chaise il se peut que nous regrettions un peu. La déception, la fatigue, la distraction, les douleurs physiques peuvent apparaître dès les premières minutes de méditation…

Mais nous n’y accordons pas trop de crédit. Ce qui est, est. Nous pouvons nous asseoir un peu plus, avec un peu plus de soin. Nous asseoir au cœur de notre vie, là tout de suite, maintenant. En laissant tomber la négligence dont nous faisons preuve si souvent vis-à-vis de notre existence.

Nous pouvons remarquer que nos pensées, nos inconforts, les désagréments prennent place dans un espace plus large. Un espace ouvert par exemple par la richesse de nos sensations, de nos perceptions. Un espace ouvert par la délicate attention à notre souffle qui nous relie à l’extérieur, qui dissout la séparation entre nous et le monde et nous permet de nous ouvrir progressivement.

Nous pouvons goûter qu’il est bon d’attendre, de rester dans l’attente, d’apprendre à attendre, sans projet, sans plan préalable si ce n’est celui de savourer pleinement cette attente qui se transforme en ouverture, qui nous rend alertes, curieux, vifs, attentifs, attentionnés. Qui nous rappelle ce que peut être une existence humaine, libre du carcan des pensées.

Devenir un espace d’accueil

Et alors notre regard sur le monde change, il se rafraîchit. Nous pouvons laisser place à la surprise, nous pouvons laisser le monde venir à nous plutôt que de le recouvrir sans cesse de nos idées sur lui.

C’est une inversion de perspective : nous devenons un espace d’accueil au lieu de foncer dans la vie en forçant les portes et les événements. La volonté qui souhaite tout gérer devient moins puissante, moins emprisonnante. Se découvre alors une manière d’être au monde plus souple, plus accueillante, plus ouverte. Nous nous entraînons à nous laisser surprendre, à recevoir les cadeaux que le présent nous fait en permanence.

Nous prenons soin de ce que Jack Kornfield nomme si joliment notre cœur attentif :

 

« Quand notre cœur attentif commence à distinguer la réalité présente de nos incessantes cascades de pensées, le monde brille d’une beauté éclatante. »

(Jack Korfield, Après l’extase la lessive, Pocket, 2010)

 

Marie-Laurence Cattoire

Paris

4 commentaires
  1. Anne Dumonteil dit :

    Quel beau témoignage, qui ravive l’envie de méditer, de se laisser atteindre, parfois avec ennui, mais sans attente préconçue ! Par surprise ! Quelle drôle de pratique quand même…
    C’est toi qui as pris les photos de l’écureuil ?

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    • Marie-Laurence dit :

      Bonjour Anne, Oui c’est tellement étonnant que l’ennui, que nous fuyons souvent, soit l’espace d’une ouverture. Le jour où je saurai faire une telle photo d’écureuil, je change de métier ! Amitiés

      Répondre

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