Voir les situations comme des œuvres d’art

Tableau de Kandinsky : Lignes d'intersection (1923)

« L’humour spontané ne jaillit que lorsqu’on apprécie la situation comme une œuvre d’art unique. » Citation de Chögyam Trungpa dans le chapitre « l’immédiateté du travail » du livre Argent, sexe et travail.

Dans Argent, sexe et travail, Trungpa parle d’un sens de l’humour qui n’est pas celui auquel nous pourrions parfois penser : l’humour dont on fait preuve pour relâcher une tension ou un humour empreint de grossièreté ou cynique. Il parle plutôt d’une joie fondamentale. Que cela peut-il bien vouloir dire ? Pour être concret dans ma compréhension de ce sens de l’humour, je peux parler de mon nouveau travail d’enseignant. S’il y a de nombreuses choses positives dans mon nouveau métier, je dois dire qu’il me soumet à une quantité non-négligeable de pressions : des injonctions et des sollicitations multiples souvent contradictoires dans un contexte social et sanitaire particulièrement dégradé… autant dire que ce n’est pas simple tous les jours !

Revenir au cœur de son expérience

Mais en me reliant à la situation dans son ensemble, à ce tourbillon, je peux ressentir une forme de paix, de tendresse ou de joie, qui ne dépend pas vraiment de ce que je vais vivre mais plutôt d’une forme de curiosité presque naïve pour l’ensemble de la situation. Alors si je suis angoissé, stressé, parfois même un peu débordé, je peux revenir au cœur de mon expérience au travail et laisser jaillir cet humour qui va de pair avec le fait de goûter pleinement la situation.

Laisser jaillir l’humour

Comme dans la pratique, c’est entrer en rapport à la texture unique de ce que je vis qui me met alors en lien avec cette joie souvent discrète mais profonde. Plutôt que de chercher à tenter de modifier la situation, c’est l’admirer comme une œuvre d’art dans laquelle tout mon être se trouve qui me permet de sentir qu’il y a du jeu, de la place pour tout ce qui jaillit, y compris les détresses, les hostilités ou la fatigue. Rien n’est vraiment figé et il y a quelque chose de réjouissant dans ce mouvement incessant et ce malgré les situations parfois difficiles auxquelles je peux être confronté. Évidemment, je ne suis pas toujours relié à ce sens de l’humour mais la pratique assise et l’étude au sein de l’École contribuent à entretenir le lien avec lui et à me rendre moins crispé face au réel. 

En méditant, nous apprenons à écouter et à laisser ouverte notre expérience pour vivre un peu plus pleinement. Et c’est peut-être au travail et face aux difficultés que cette écoute et cette ouverture peuvent prendre une forme qui résonne aussi bien avec le sens de l’humour présenté par Trungpa ! Puissions-nous le garder en tête – ou plutôt au cœur !

Antoine Panaïté

Paris

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