La leçon de Paul Klee

Tableau de Paul Klee représentant une femme nue sur une balançoire dans un ciel bleu et au-dessus d'une vallée verte.

Foisonnement !

Dernièrement je suis allée voir une exposition au Centre Paul Klee de Berne, en Suisse. La thématique de l’exposition était l’influence de Klee sur une dizaine d’artistes américains, dont Tobey, Motherwell, Noland.

Ce qui m’a frappée dans cette exposition, c’est l’incroyable diversité de l’œuvre de Klee ; c’est une facette différente de son travail qui a été source d’inspiration pour chacun de ces  artistes américains. Pour l’un ce sont ses œuvres inspirées par la calligraphie chinoise, pour un autre ce sont ses études chromatiques, pour un autre encore ce sont des formes issues de l’observation de plantes, ou encore une façon de travailler des lignes sur une surface monochrome… Les formats des œuvres de Paul Klee était plutôt réduits, et les techniques employées aussi variées que les sujets : mine de plomb, néocolor gratté, aquarelle, collage, huile, ou  des mélanges de ces différents moyens.

Dans ce foisonnement, ce n’est pas tant une œuvre qui m’est apparue, mais c’est plutôt un esprit au travail. Un esprit qui rencontre le monde, et qui restitue comment ce monde lui a parlé, quels échos il a suscités en lui ; qui en voit le côté grinçant, humoristique, onirique, géométrique, coloré, tendre, saugrenu… Et qui semble ne rien rejeter : que ce soit une sorte d’animal expressif esquissé en trois traits de crayon sur une feuille volante, ou une grande surface modulée à l’aquarelle par des centaines de rectangles au chromatisme d’une infinie subtilité, tout a d’emblée une place.

Laisser notre esprit dans sa liberté native

Si je regarde ce qui survient pendant ma pratique, c’est en fait d’une grande richesse. Mais il m’arrive bien souvent de ne pas voir cette richesse parce qu’au fond, j’aimerais que ma méditation soit un tableau réussi, une présence transparente et vive, dans le style dépouillé de la peinture japonaise.  Et j’aimerais pouvoir écarter ce qui ne cadre pas : somnolence, liste des courses, inquiétude, tristesse, mal à une épaule, envie d’un café… Mais en réalité, en évaluant ce qui peut ou non entrer dans le beau tableau de ma méditation, je me coupe de la créativité de mon être et je m’appauvris.

Comme Paul Klee, nous pourrions laisser notre esprit dans sa liberté native, le laisser libre de gamberger là où bon lui semble, et nous émerveiller de ses tours et détours. Le problème, ce n’est pas tant le foisonnement de nos pensées, de nos expériences, mais la censure que nous nous imposons. Par peur de ce qui nous semble chaotique, incontrôlable, nous nous coupons d’une vie qui ne cesse d’émerger en prenant les formes les plus diverses.

 

Dominique Sauthier

Genève

 

1 réponse
  1. Anne DUMONTEIL dit :

    Oui !! Merci merci merci Dominique de me rappeler de ne pas me censurer, que tout, absolument tout, a sa place : de l’infime amorce de pensée au torrent d’émotion, ce qu’on accepte volontiers de voir et ce qu’on préférerait taire.
    En ce moment, je découvre la nécessité de tout accueillir avec douceur. Même ma dureté.

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