Entrer en amitié avec soi grâce à la méditation

Photographie d'un oisillon posé au creux d'une main.

Quand un être évoque l’amour de soi comme voie possible de perfectionnement, de cheminement dans l’existence, il est d’emblée suspect, taxé de niaiserie, de sentimentalisme, éjecté de la sphère de la « bien-pensance »

philosophique. Il y a un malentendu profond entre amour-propre et amour de soi.

 

L’amour-propre

L’amour-propre est valorisé alors que dans sa mécanique, chaque geste, chaque parole, chaque rencontre est mesuré à l’aune du renforcement et du défaussement de cet amour-propre. Donner pour être remercié, bien travailler pour être félicité, cuisiner divinement pour être loué… Ainsi, cet amour-propre se cache bien souvent derrière des actions généreuses et il n’est donc pas toujours simple à débusquer.

Vous connaissez sûrement des personnes de votre entourage qui agissent ainsi, peut-être vous-même agissez-vous comme cela aussi parfois. Et d’ailleurs il faut le dire tout de go, ce n’est pas cela le problème. Le problème c’est quand nous ne nous rendons pas compte du jeu dans lequel nous sommes pris !

Et c’est bien ici que la méditation intervient car, par sa pratique régulière, elle nous apprend à voir quand cette mécanique habituelle est à l’œuvre.

Le bon côté du miroir

J’ai une collègue chez qui cela se marque si fort qu’il est extrêmement difficile d’avoir une conversation avec elle sans qu’elle ne se sente mise en cause, attaquée. Elle est si obnubilée par cet amour-propre qu’elle n’arrive plus du tout à décoller d’elle-même. Elle se drape dans cet amour-propre : « tu comprends j’ai de l’amour-propre ! » tant et si bien que le monde entier devient une menace pour elle ! C’est rude même, et il y a peu de place pour la tendresse dans tout cela !

Cet amour-propre est le miroir dans lequel on se regarde soi-même, comme le disait Fabrice Midal, lors d’un séminaire en 2008. Or, pour trouver l’amour de soi, il faut passer de l’autre côté du miroir. Et pour passer de l’autre côté du miroir, il faut encore que nous ne soyons pas aveuglés par un autre malentendu.

Bien-être… vraiment ?

Nous pourrions penser que cette société qui recherche le bien-être à tout prix est forcément une société qui favorise la bonté envers soi. Mais que nenni ! Cet engouement pour la recherche du bien-être étend son emprise sur toutes les facettes de la société, à l’école, au travail, en famille, pendant les loisirs… il faut trouver le bien-être. C’est un mot fourre-tout, un mot valise, dont on ne sait pas bien ce qu’il recouvre, est-ce un état de béatitude ? Un état sans émotions trop fortes ? Un état un peu cotonneux où rien ne nous affecte plus ?

Chercher le bien-être à tout prix, c’est chercher le confort, chercher une situation où nous ne nous sentons ni vulnérables, ni fragiles, une situation où nos blessures sont recouvertes par une grosse couche de miel afin d’éviter d’en sentir les lancements lancinants. Chercher le bien-être, c’est chercher à être une version de soi-même policée et déconnectée du réel pendant quelques temps.

L’erreur serait donc de penser que chercher le bien-être veut dire entrer en amitié avec soi car cette amitié envers soi serait alors conditionnée à l’état de bien-être.

Faire entièrement l’épreuve de ce que nous sommes

Or le défi se situe évidemment là : comment entrer en amitié avec soi pleinement, entièrement, en toutes circonstances, c’est à dire même lorsque nous nous sentons mal à l’aise, irrités, malades… S’aimer sans condition, quelque soit les circonstances qui sont les nôtres.

Aujourd’hui, le monde du bien-être total empêche la possibilité de faire l’épreuve de l’amour intérieur véritable car il est toujours conditionné à des circonstances favorables.

Pourtant, sentir quand nous avons du mal à nous aimer pour de bon, sentir quand nous sommes durs avec nous-même, sentir à quel point nous ne nous aimons pas, voilà la première étape. Sentir notre cœur qui se poigne de remarquer le manque d’amour que nous avons pour nous-même est – et c’est paradoxal – un très bon signe, un signe absolument réel d’un appel de l’amour, le signe du début du travail. Ce que nous sommes ne pose aucun problème mais il faut en faire l’épreuve entièrement, sans orgueil, avec humilité. Car, et c’est la bonne nouvelle, il s’agit d’un apprentissage auquel nous pouvons nous entraîner.

Thérèse de Lisieux

Il y a une figure qui m’a beaucoup marqué à cet égard, c’est Thérèse de Lisieux.

Elle ne se juge pas, ses moments de doutes ne sont pas si différents de ses moments de plénitude. Elle se dit comme « un je t’aime intérieur » à chaque instant. Elle aimait particulièrement cette citation de Saint Jean de la Croix :

« l’amour sait tirer profit de tout, du bien et du mal qu’il trouve en moi et transformer toute chose en soi ».

Je suis athée et pourtant cette citation me parle car elle trace une voie où il ne faut pas être autre chose que ce que nous sommes, c’est avec notre matière brute que nous pouvons commencer à tailler notre pierre.

C’est très intéressant de lire Thérèse de Lisieux pour un pratiquant de la méditation car, ne se reconnaissant ni les possibilités d’être martyr, ni missionnaire, ni médecin, elle regarde ce qu’elle peut faire là, ici et maintenant. Et ce qu’elle peut faire, c’est être attentive aux mouvements de son cœur, sentir quand il se serre, quand il s’irrite, quand il se ferme et lorsqu’elle le sent, ouvrir, ouvrir toujours plus, ouvrir son cœur à elle-même et ensuite aux autres, évidemment. Elle dit que sa pratique de tous les jours, avant d’entrer au Carmel, est de « retenir une parole de réplique, rendre des petits services sans les faire valoir, ne point s’appuyer le dos quand elle était assise… je m’appliquais surtout à pratiquer les petites vertus, n’ayant pas la facilité d’en pratiquer de grandes. Ainsi j’aimais à plier les manteaux des sœurs et à leur rendre tous les petits services que je pouvais »

Elle a une qualité de présence extraordinaire, elle ne pratique pas la méditation mais, ce qui s’en rapproche le plus dans la tradition chrétienne, l’oraison, et elle pratique l’oraison tout le temps. C’est une petite voie simple comme elle le dit, sans grande extase ou miracle particulier, mais la précision, la tendresse et l’humilité la plus pure, font d’elle un exemple d’amour bienveillant.

 

Il s’agit de doucement apprivoiser son cœur, là où il en est, à chaque moment, comme nous approcherions tendrement et précautionneusement un oisillon pour en prendre soin.

 

Marine Manouvrier

Bruxelles

 

Extrait d’un enseignement donné à Bruxelles lors de la journée du 25 mars 2018, « Apprendre à s’aimer ? La méditation pour entrer en amitié avec soi »

2 commentaires
  1. Christine SACERDOT-BLANCHET dit :

    Merci Marine, pour ce texte si aidant ! Merci de parler si bien de ce qui me touche tant, « sentir quand nous sommes durs avec nous-même, sentir à quel point nous ne nous aimons pas, voilà la première étape. ». Et cet espoir, « Sentir notre cœur qui se poigne de remarquer le manque d’amour que nous avons pour nous-même est – et c’est paradoxal – un très bon signe, un signe absolument réel d’un appel de l’amour, le signe du début du travail. ». Peut-être suis-je au début du chemin… c’est encourageant !
    Christine

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