Le temps de la pratique

Image du tableau de Van Gogh "L'Eglise d'Auvers-sur-Oise

Lors d’une soirée de pratique de bienveillance aimante, une jeune femme a remarqué qu’il lui était facile de pratiquer quand tout allait bien mais que ce n’était pas évident quand la vie présentait des difficultés. En effet, quand ça ne va pas bien, cela ressort sur le coussin. Nous pouvons difficilement l’éviter. Mais souvent, voir nos difficultés, nos angoisses et impasses favorise un état où naît de la curiosité et donc de l’ouverture.

Van Gogh, quand il a peint l’église d’Auvers-sur-Oise, est resté ouvert à ce qu’il sentait malgré ses angoisses. Parfois nous croyons que notre méditation serait meilleure si nous allions bien. Mais peu importe notre état, que nous jubilions ou sanglotions ne change strictement rien à la pratique.

Pour ma part j’ai constaté que c’est en amont, en m’apprêtant à pratiquer, qu’il y a une différence. Quand ma vie est pleine, quand j’avance bien dans mon travail et que je manque déjà de temps, je vis la pratique comme une contrainte. Est-il vraiment opportun d’interrompre cette fluidité quand tout va bien ?

Un pur don

Que se passe-t-il alors quand je le fais tout de même ? Je m’entraine à la pratique du don. Je donne de mon temps si précieux. Pour rien. Ça trépigne en moi mais je reste – pour rien – sans rien obtenir en échange. En tout cas sans obtenir ce que je veux.

Un pur don.

Bêtement assise. Pour rien.

Un pur don donc…

… Car c’est une pratique d’amour.

Je m’extrais de l’avidité d’en vouloir toujours plus. Je reviens au point zéro. En amont même de vouloir.

En revanche, quand il y a des situations à affronter qui me mettent mal à l’aise, qui me font peur, je resterais volontiers sur mon coussin de méditation pour gagner encore un peu de temps, pour repousser encore un peu l’échéance. À ce moment-là, pratiquer est un moindre mal. Heureusement que fixer le temps de la pratique et s’y tenir est une règle de base. Comment cela agit-il ?

Une discipline bienveillante

J’ai constaté d’abord qu’un fil continu se développe entre les différents états que je traverse au long d’une journée faite de situations et de rencontres différentes. Ça a quelque chose de rassurant. Il y a un effet de dédramatisation : que je reçoive du bon ou du moins bon, ce n’est pas si grave, l’écart entre les deux s’amenuise et ce n’est pas la peine de m’accrocher à l’un ou à l’autre. Je sens une libération de pouvoir m’abandonner au temps qui m’est imparti et à vivre en toute conscience le fait que ce n’est pas moi qui déciderai quand cela sera fini. Au fond cette règle de base va très loin…

Dans mon quotidien, j’ai juste à décider de la durée, en fonction de mes possibilités, qui varient selon les circonstances de la vie. J’ai remarqué qu’il m’était bénéfique de maintenir un rythme établi pendant un certain temps. Ces temps-ci, les vingt minutes du matin me paraissent parfois courtes mais comme je me suis octroyée encore vingt minutes avant la nuit, mon rythme du moment est plutôt équilibré et doux.

Grâce à la méditation, le minuteur de mon téléphone est devenu un allié dans mon quotidien.  Je l’emploie surtout quand j’ai des choses difficiles ou désagréables à exécuter. Respecter la sonnerie d’arrêt me permet de sortir de la torture du jamais assez et du jamais assez bien, autrement dit de mettre en pratique la bienveillance vis-à-vis de moi-même.

Elisabeth Larivière

Paris

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