Un stage chevaleresque

Photographie des participants au stage de méditation qui eut lieu en Normandie en février 2018.

La semaine dernière, j’ai eu pour la première fois l’occasion d’être intervenant sur un stage de l’École. J’avais déjà participé à de nombreux stages en tant que bénévole mais c’était la toute première fois que je devais y transmettre la pratique et les enseignements. Nous étions près de 90 personnes… Lors de ces quelques jours, c’est surtout la magie de la transmission qui m’aura frappé. J’ai pu voir l’importance pour les intervenants d’être à l’écoute et d’être fidèle à la source. J’ai surtout pu réaliser que transmettre la pratique revient davantage à permettre aux participants d’avoir confiance en ce qu’ils savent déjà, que de leur délivrer de nouveaux savoirs.

L’écoute de ce qui est

La première chose qui m’a frappée, c’est la nécessité d’écouter. Écouter le lieu, la tonalité du stage et ses évolutions, écouter les questions des participants bien sûr, à la fois ce qui est dit, et tout ce qui ne l’est pas, qui se trouve en retrait, mais qui est quand même là. Et puis l’écoute de ma propre expérience, de ce que j’ai traversé, de ce qui pose question en moi, du chemin que j’ai parcouru.

Et enfin et surtout, l’écoute des magnifiques enseignements délivrés par mes amis intervenants, qui permettait que nous fassions corps tous les trois, et que ce que nous avions à dire puisse faire un, dans l’esprit et l’expérience des participants.

La fidélité à la source

Dans ce stage, nous n’avons pas délivré la soupe de développement personnel et de bien-être qui est d’habitude attendue dans une retraite spirituelle. Nous avons plutôt parlé à partir de l’expérience d’une pratique reçue de Fabrice Midal, lui-même la tenant de Francisco Varela, lui-même la tenant de Chögyam Trungpa, et ainsi de suite jusqu’au Bouddha. Il ne fallait donc pas céder aux sirènes de la facilité, mais bien célébrer l’alternative radicale que nous propose la pratique de la méditation. Tenir cela est absolument nécessaire, surtout en un temps où tout nous invite à lâcher l’essentiel et à ne rechercher que du confort et du convenu.

Et en même temps, il fallait manifester une véritable tendresse, celle d’où peut naître le courage, comme nous le rappelle Chögyam Trungpa dans Shambhala. Sans elle, impossible pour les participants de réellement se poser, de se mettre eux-mêmes à l’écoute, et de commencer à faire confiance à leur propre expérience.

La méditation est un engagement

Ma première intervention expliquait en quoi la méditation répond à une demande de l’Occident, rappelant qu’elle n’est pas un énième divertissement, mais bien un engagement, celui de rentrer enfin et pour de bon dans sa vie.

J’ai parlé de nombreux visages de la pratique dans mes causeries : de la bonté primordiale à comment créer du temps, en passant par l’apprivoisement du monde et la responsabilité que nous en avons, de la magie de l’ordinaire à l’impermanence de la vie rappelée par le souffle, en passant par la discipline du bonjour et la synchronisation corps-esprit. Mais au fond, c’est toujours ce fil de l’engagement qui m’a animé, car c’est lui qui guide mon rapport à la pratique depuis le début.

Pour bien des gens, la méditation ne reste qu’une introspection aux effluves de patchouli, une pilule de Xanax, un temps à la fin d’un cours de yoga ou une introduction à une après-midi de formation en entreprise. Mais à quoi bon ?

Si nous voulons que la pratique puisse véritablement libérer les êtres, les aider à retrouver ce qui est bon et beau en eux, à advenir à ce qu’ils sont pour enfin être au travail et mener ce qu’ils ont à mener en ce monde, alors il nous faut voir plus grand !

Il nous faut donc à notre tour libérer la pratique de sa gangue psychologique, trippy, utilitariste et sucrée pour qu’elle puisse enfin se montrer telle qu’elle est : un magnifique cheval sauvage, conférant allant, confiance et dignité, et dont nous ne saurions refuser l’aide devant les défis offerts par notre temps. Seulement, il est très difficile de toucher cela si nous ne nous foutons pas la paix, si nous restons pris dans l’optique que notre vie manquerait de quelque chose et que la méditation serait là pour nous transformer et nous aider à atteindre un meilleur soi.

Retrouver la dimension chevaleresque

Pour moi, le moment le plus marquant de ce stage est sans aucun doute la dernière matinée, lorsque j’ai eu l’honneur de présenter la singularité de la transmission dans l’École. Au sein de cette communauté de pratiquants, un espace démocratique permet à chacun d’être libre dans son chemin. Et grâce au déploiement de la philosophie et de la poésie, nous pouvons goûter à ce qui, enfoui sous des couches de blindage et de confusion, brille déjà de mille feux en nous.

Réaliser qu’il y a de la bonté en nous, et que grâce à la pratique et aux enseignements nous pouvons vivre en accord avec elle, c’est-à-dire la célébrer au quotidien par nos mots et nos gestes, c’est ce que j’appelle ici la dimension chevaleresque, en m’appuyant sur le travail de Chögyam Trungpa (cf. Shambhala, la voie sacrée du guerrier) et de Fabrice Midal (cf. La voie du chevalier).

Ce qui me touche dans L’École, c’est que tout est fait pour que cette dimension puisse être expérimentée par chacun, et que par notre présence, par notre pratique, par notre étude, par notre travail au déploiement des stages et des séminaires, nous permettons que de plus en plus d’êtres puissent réaliser la noble nature de leur cœur.

En tant qu’intervenant, c’est toujours frappant de voir que nous n’inventons rien, et que ce que nous transmettons aux participants ne leur est d’une certaine manière pas inconnu, mais fait écho à ce qu’ils savent déjà. Nous sommes bien les dépositaires d’une parole qui nous dépasse, et ce faisant nous libère.

Enfin, quelle joie de voir les sourires enthousiastes et non dénués de larmes qui fleurirent durant ce stage ! Ils nous ont montré qu’il est toujours possible de s’ouvrir un peu plus à notre cœur, et que nous sommes tous des chevaleresses et des chevaliers en chemin, de magnifiques joyaux qui en devenant un peu plus eux-mêmes, rendent le monde beau.

Voilà ce que L’École m’a appris et continue de me montrer.

Voilà ce dont je suis si fier et heureux d’avoir pu témoigner.

Merci.

Martin Monin

Paris

4 commentaires
  1. Christine SACERDOT-BLANCHET dit :

    Merci Martin! Quel bonheur de trouver ton post ce matin! Je ne cesse de penser à ce stage depuis mon retour, et comme tu l’as dit le dernier jour, il va œuvrer encore longtemps en nous! Je t’embrasse,
    Christine

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  2. Anne DUMONTEIL dit :

    Merci mille fois Martin pour ce que tu nous as donné durant ce stage !
    Merci de parler d’un endroit vrai, enfin !! Merci de voir les diamants cachés en nous (même si nous on ne les voit pas toujours). Merci pour la confiance que tu nous as transmis.
    Et merci pour cet article, qui me rappelle ces moments, trop vite recouverts par les habitudes du quotidien.

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    • Martin MONIN dit :

      Merci chère Anne !
      Oui, on se laisse bien vite happés par le quotidien, mais c’est aussi le meilleur espace pour laisser la vie jaillir et nous réveiller !

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