Trouver refuge dans le souffle

Image d'une ouverture donnant sur un bel espace vert

Ces derniers temps, la profondeur de l’expérience corporelle avait comme déserté ma pratique.  Il m’arrive parfois d’avoir l’impression de méditer en « 2D » ! Comme si tout était un peu plat, pas très habité. Je le voyais bien, dans les moments de pratique en groupe, à Genève : je sentais alors que je n’habitais pas vraiment mon souffle, qu’il se passait un peu « sans moi ».  Par cela, j’entends qu’au moment de me relier à nouveau à mon souffle – après m’être laissée entraîner dans diverses pensées – ne me venait qu’une idée du souffle, à peine sentie, à peine corporelle. Je voyais qu’à l’instant même où mon attention voulait s’y poser, mon esprit tout de suite avait déjà catégorisé le phénomène (« je sens ma respiration »), et alors, très en surface, l’inspire et l’expire perdaient toute leur profondeur et leur sensorialité. 

Traverser la tempête


Et puis, sans prévenir… est venu un temps très difficile.  Dans une période de tempête, j’ai pu sentir comment je perdais mes repères. J’avais tout d’un coup l’impression que j’étais moi-même perdue, avec un trou au creux du ventre. Comme poussée vers le coussin par un mouvement de secours, je me suis assise désespérée, avec l’impression d’être ballottée par la peur. Toute porte fermée, sentiment de panique, fragilité, fragilité…  


J’ai laissé la pratique me travailler, plusieurs jours durant. 


A chaque fois, entre les vagues de panique, quelque chose s’ouvrait timidement. Je pouvais sentir que je respirais, et que, même dans le bouleversement, il est bon de respirer.  Comme la vue d’une fenêtre ouverte sur un jardin, dont les branchages et les herbes sont doucement bercés par la brise du dehors. 


Face au ventre tordu par l’angoisse, et le cœur battant la chamade, je me réfugiais dans l’inspire, dans l’expire…  J’inspire, je suis juste là, j’expire, je suis juste là.  Chaque respiration était une bouée de sauvetage. 


Et petit à petit, mon souffle est devenu une fenêtre ouverte sur le mouvement… J’ai senti que je pouvais m’y confier pour de vrai, que cela n’était pas qu’une idée

Le cadeau de la méditation


Pouvoir m’abriter sous l’inabritable : voilà ce que la méditation m’a fait comme cadeau pendant ce temps difficile. Cette traversée me fait sentir aujourd’hui que la méditation est une amie. Non pas un exercice quotidien à faire, mais une amie qui me prend la main, et me montre que quoiqu’il arrive, la vie est là, tant que son souffle me traverse et me rend, moi aussi, vivante et ouverte au monde.

Marie Duboule

Genève

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